La grande distribution seule gagnante de la loi Egalim: "Tout ceci est totalement faux, c'est fantaisiste", répond le président de la Fédération du commerce et de la distribution

Un bilan des négociations entre l'industrie agroalimentaire et les centrales d'achat a été publié mercredi par l'association nationale de l'industrie agroalimentaire. Seuls les hypermarchés seraient gagnants, ce que consteste le président de la Fédération du commerce et de la distribution.

Jaques Creyssel, le président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), le 12 décembre 2018.
Jaques Creyssel, le président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), le 12 décembre 2018. (LEON TANGUY / MAXPPP)

"Tout ceci est totalement faux, c'est même fantaisiste", a réagi mercredi 3 avril sur franceinfo Jacques Creyssel, le président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). L’Ania (l'Association nationale de l'industrie agroalimentaire) a publié mercredi un premier bilan des négociations commerciales entre l’industrie agroalimentaire et les centrales d’achats de la grande distribution. L'Ania pointe du doigt les hypermarchés, seuls gagnants, selon elle, de la loi Egalim, issue des États généraux de l'alimentation.

Selon l'Ania, 49% des entreprises adhérentes ont signé des contrats à la baisse avec la grande distribution. C'est "0,5% de perte de valeur, la faute à une addiction d'une distribution française dans son ensemble qui n'a que la guerre des prix dans son fonctionnement", déplore l'association.

"Il y a eu des augmentations de prix"

"Les chiffres qui sont annoncés sont totalement en dehors de la réalité", a dénoncé Jacques Creyssel. "Ce qui s'est passé, c'est exactement le contraire. Il y eu des augmentations de prix sur un ensemble de produits, notamment tout ceux à forte composante agricole, qui étaient ceux visés par la loi alimentation". Pour la FCD, ce sont les industriels qui, "aujourd'hui, se refusent à redonner cet argent aux producteurs agricoles". "En réalité, contrairement à ce qui est dit, l'industrie agroalimentaire voit son chiffre d'affaires augmenter, voit ses emplois augmenter. On n'est pas du tout dans la situation catastrophique qui est évoquée", a affirmé Jacques Creyssel.

Le président de la Fédération du commerce et de la distribution assure qu'un accord a été passé afin "qu'il y ait des chiffres objectifs qui soient publiés à la fin du mois d'avril. Visiblement les industriels ont peur de ces chiffres, ils ont peur de la transparence".

L'Ania dénonce également la destruction de valeur de "5,5 milliards d'euros sur toute la chaîne alimentaire, 6,1% de déflation depuis six ans, 17% de déflation sur les grandes marques avec des conséquences dramatiques sur la filière". Des chiffres "sans précédent", selon elle.

Face à ces données, Jacques Creyssel s'est inscrit en faux : "L'étude évoquée est sur 600 entreprises qui ont répondu au questionnaire sur 17 000".

Manque de transparence des industriels ?

Interrogé sur le fait que le gouvernement ait pointé du doigt, il y a trois semaines, des pratiques contestables de la part de la grande distribution, le président de la Fédération du commerce et de la distribution reconnaît qu'il y a "toujours des choses à améliorer. La loi a été publiée il y a quelques semaines. C'est normal que tout ça se mette en place progressivement".

Jacques Creyssel a reproché le "réflexe de défense des grands industriels multinationaux de l'agroalimentaire. Ce n'est pas ça l'esprit des États généraux de l'alimentation, il va falloir que cela change".

Il a toutefois reconnu que "les agriculteurs ne voient rien venir" des bénéfices de la loi Egalim. "Sur un certain nombre de produits, comme le lait ou la viande, il y a eu des augmentations" mais il a rappelé que la grande distribution n'achète pas aux agriculteurs. "Ces sont les industriels qui achètent aux agriculteurs. Il est temps maintenant que cela revienne aux agriculteurs, qu'il y ait véritablement un retour de ces hausses de prix. Aujourd'hui, je comprends les agriculteurs, qui se demandent où cet argent est passé. C'est aux industriels de le dire, c'est aux industriels d'être transparents".