Blocage de 13 raffineries : les agriculteurs de la FNSEA dénoncent le "non-sens" et "l'incohérence" de la politique du gouvernement

Selon la présidente de la fédération, Christiane Lambert, cinq sites au moins seront bloqués dès cette nuit et 13 seront bloqués lundi à partir de 9 heures.

La présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, à Tours, le 29 mars 2018.
La présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, à Tours, le 29 mars 2018. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

"La goutte d'huile qui [a] fait déborder le vase", c'est le projet de la raffinerie de La Mède en Provence d'importer 50% d'huile de palme à partir de cet été, a expliqué Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, dimanche matin sur franceinfo. La fédération va bloquer 13 raffineries et dépôts de carburants à partir de dimanche 10 juin pour convaincre le gouvernement de résoudre le "non-sens" et "l'incohérence" entre sa politique agricole et les accords commerciaux passés à l'international. Christiane Lambert a indique que le mouvement "commencera dès la fin d'après-midi dans la Marne, cela commencera à 22 heures en Seine-Maritime. Cinq sites au moins seront bloqués dans la nuit de dimanche et 13 seront bloqués lundi à partir de 9 heures".

franceinfo : L'importation d'huile de palme, c'est la seule raison de votre mobilisation ?

Christiane Lambert : La goutte d'huile qui fait déborder le vase, c'est La Mède et Total qui décident d'importer de l'huile de palme. Mais la réalité c'est, depuis six mois, la signature d'accords commerciaux scélérats qui laissent venir des produits, notamment de la viande, du sucre, de l'éthanol, qui ne respectent pas les mêmes conditions de production que les produits français. La discussion sur le Mercosur, les pays d'Amérique du Sud, est en cours et nous ne voulons pas que de nouveaux accords soient signés. Et puis pour La Mède, c'est 30 000 emplois qui sont en jeu, je pense que ça vaut le coup de se mobiliser.

Vous dénoncez une sorte de double discours du gouvernement ?

Il y a eu huit jours et demi de débats à l'Assemblée nationale récemment à propos d'une loi à la suite des états généraux de l'alimentation. Le cœur du débat a été de définir quelle alimentation voulons-nous en France, comment mieux assurer les revenus des agriculteurs et mieux répartir la valeur, comment aussi répondre aux attentes des Français qui veulent plus de bio, plus de sanitaires, plus d'environnement, plus de bien-être animal. C'est ce que nous avons entendu. Et en même temps le gouvernement sillonne le monde et va signer des accords commerciaux avec le CETA, ça s'est fait l'année dernière, avec le Mexique, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le feu vert est donné par l'Union européenne. Et là c'est le Mercosur qui menace d'importer de la viande, encore 90 000 tonnes, de l'éthanol qui vient concurrencer directement nos betteraviers français. Donc on ne peut plus tenir comme ça. Nous, nous voulons bien commercer, mais avec des règles du jeu égales. Et puis les Français le disent, ils veulent une alimentation de qualité, ils veulent une agriculture de qualité, alors de grâce que les gouvernants arrêtent d'importer l'agriculture que les Français ne veulent pas dans leur assiette.

Bloquer des raffineries est-ce le seul moyen de se faire entendre ?

Notre cible c'est l'État. Nous avons alerté à plusieurs reprises. Nous avons rencontré des préfets, des parlementaires. Malgré tout, le rouleau compresseur continue sans vraiment d'écoute. On nous écoute mais on n'en tient pas compte, et donc nous tirons la sonnette d'alarme. La cible c'est donc un lieu stratégique qui concerne l'Etat, et voilà pourquoi nous voulons interpeller au plus haut niveau et nous l'avons dit la semaine dernière aux services du Premier ministre et aux services du président de la République. Nous voulons taper fort, opération coup de poing, 13 sites bloqués, pour dire "Stop, vous êtes en train de mettre à mal, de mettre par terre l'agriculture française".

Les 13 raffineries et dépôts de carburant seront fermés dès ce dimanche ?

Cela commencera dès la fin d'après-midi dans la Marne, cela commencera à 22 heures en Seine-Maritime. Cinq sites au moins seront bloqués dès cette nuit et 13 seront bloqués demain à partir de 9 heures. Donc c'est un mouvement sur lequel nous avons une forte mobilisation des agriculteurs, qui expriment vraiment leur exaspération : sans arrêt critiqués, remis en question, challengés, des règles toujours plus strictes et en même temps des frontières ouvertes à tout-va. Et j'ai cru comprendre que les consommateurs et les associations de protection de l'environnement, notamment par rapport à l'huile de palme, disaient être d'accord. Quand même, soyons sérieux, depuis des années nous avons développé la filière colza dans notre pays pour avoir d'une part des carburants verts, renouvelables, et d'autre part des tourteaux pour nourrir les animaux, pour remplacer le soja OGM qui vient des États-Unis ou d'Amérique du Sud. Et là, en faisant venir de l'huile de palme, on porte un coup très dur à la filière colza et les agriculteurs qui ont choisi d'être en 100 % tourteaux de colza sans OGM, ce qui est le cas dans mon élevage, devront soit l'acheter plus cher soit ne pourront plus en trouver et retournerons au soja OGM américain. C'est un non-sens. C'est une incohérence que le gouvernement doit résoudre.