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Pourquoi la vie est-elle plus dure pour les jeunes que pour les seniors ?

France Stratégie, un organisme qui dépend de Matignon, publie jeudi 31 mars une note appelant à "accompagner plus efficacement la jeunesse vers l'âge adulte".

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France Télévisions
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Une étudiante brandit une banderole lors d'une manifestation contre la loi Travail, le 31 mars 2016 à  Bordeaux. (NICOLAS TUCAT / AFP)

L'aveu vient du gouvernement lui-même. Ou plutôt d'une de ses émanations : l'organisme France Stratégie, placé sous la tutelle de Matignon. Sous l'effet des "chocs économiques" et "par le jeu de nos politiques publiques en matière d'éducation, d'emploi, de logement ou de protection sociale", la situation des jeunes se dégrade par rapport à celle des seniors, écrit cette instance de réflexion dans une note publiée jeudi 31 mars.

Dans ce texte de huit pages intitulé "Jeunesse, vieillissement, quelles politiques ?", France Stratégie appelle à des politiques publiques facilitant l'accès des jeunes à l'emploi et au logement, fût-ce au détriment des plus âgés. Et elle invite sans surprise à "fluidifier" le marché du travail, comme veut le faire la loi, très contestée, portée par la ministre Myriam El Khomri. Pourquoi la vie est-elle plus dure, en moyenne, pour les jeunes ? Explication en quatre graphiques.

Les jeunes sont plus frappés par la pauvreté

Le taux de pauvreté plus élevé des jeunes adultes n'est pas propre à la France, soulignent les auteurs de la note, Marine Boisson-Cohen et Pierre-Yves Cusset. Mais il s'est fortement accru depuis dix ans tandis que, sur la même période, la pauvreté des plus de 60 ans baissait. Ce graphique, fondé sur les chiffres Eurostat de 2014, le montre.

Petit bémol : France Stratégie précise que cette pauvreté des jeunes est "relative". La consommation et le revenu des moins de 25 ans sont supérieurs à ceux de leurs parents au même âge, et leurs niveaux de qualification sont plus élevés.

Les jeunes bénéficient moins des transferts d'argent public

"Les dépenses totales de protection sociale dont bénéficient les plus de 60 ans représentent 17,2% du PIB en 2011, soit deux fois plus que celles consacrées aux moins de 25 ans, en incluant les dépenses d’éducation. Qui plus est, ces dépenses ont fortement augmenté sur les trente dernières années quand celles dédiées aux jeunes stagnaient", s'étonnait déjà France Stratégie en janvier. Avant d'ajouter : "Dans un contexte où la pauvreté touche désormais 2,5 fois plus souvent les moins de 25 ans que les plus de 60 ans, ce déséquilibre ne pose pas seulement la question de l’équité mais également celle de la soutenabilité."

L'organisme enfonce le clou. Selon ce graphique, seuls 2 points de PIB sont consacrés aux 18-24 ans en termes de protection sociale et d'éducation, contre 17 points aux plus de 60 ans. Au fait, pourquoi avoir mêlé éducation et protection sociale ? Jointe par francetv info, Marine Boisson-Cohen précise que France Stratégie a voulu évaluer les gros "postes de transfert par groupe d'âge : l'éducation pour les jeunes, la retraite pour les seniors". 

Ils dépensent davantage pour leur logement

Bonne nouvelle : les jeunes Français accèdent à un logement indépendant à 23,5 ans en moyenne. Soit bien plus tôt que leurs homologues européens (26,3 ans en moyenne, et même 29 ans passés pour les jeunes Grecs et 30 ans pour les jeunes Italiens).

Mauvaise nouvelle : ils paient cher cette liberté relativement précoce. Les moins de 30 ans sont contraints en moyenne de consacrer 31,4% de leur revenu au logement, contre 27,4% pour les 30-49 ans, 22,6% pour les 40-49 ans, et 16,1% pour les 50-64 ans. Ce taux d'effort n'est que de 16% pour les 65 ans et plus (les plus âgés sont majoritairement propriétaires de leur résidence principale, soulignait L'Obs en août 2014, ce qui n'est pas le cas des moins de 35 ans). 

Ils sont plus souvent en défaut de paiement

Alors que le 31 mars a signé la fin de la trêve hivernale, rappelons aussi que les jeunes ont plus de mal que les autres à acquitter leur loyer. France Stratégie reprend les chiffres de l'enquête Insee logement 2013. Ainsi, 13% des moins de 30 ans avouent avoir eu des difficultés à payer leurs charges ou leur loyer au cours des 24 derniers mois, contre 11% des 30-39 ans, 10% des 40-49 ans, 6% des 50-64 ans et 2% des 65 ans et plus.

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