Offres inadaptées, ratés dans l'accompagnement, stress... Un rapport décrit la réalité du chômage en France

Franceinfo publie en exclusivité la deuxième vague du baromètre de l'association Solidarités nouvelles face au chômage. Voici les points à en retenir. 

L\'association Solidarités nouvelles face au chômage publie, le 12 mars 2018, son deuxième baromètre sur le \"chômage et ses impacts\". 
L'association Solidarités nouvelles face au chômage publie, le 12 mars 2018, son deuxième baromètre sur le "chômage et ses impacts".  (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

L'association Solidarités nouvelles face au chômage, qui accompagne 4 000 demandeurs d'emploi, publie, mardi 12 mars, son deuxième baromètre* sur le "chômage et ses impacts". Précarité, galère, anxiété, stress font partie des mots utilisés par les sondés pour décrire cette expérience largement partagée, puisque près de 6 actifs en emploi sur 10 ont déjà été au chômage. Impact sur la santé, conditions de reprises du travail, attentes vis-à-vis des recruteurs... Franceinfo vous dévoile ce qu'il faut retenir de ce baromètre. 

Une majorité de Français a déjà connu le chômage

Le chiffre est important : 58% des personnes en activité ont déjà connu une période de chômage, 22% d'entre elles ont connu plusieurs périodes. 

Les gens savent ce que le chômage veut dire. C'est en ça que le regard de la société sur cette question devrait changer.Vincent Godebout, directeur général de "Solidarités nouvelles face au chômage"à franceinfo

"Incertitude de l'avenir, en galère, précarité" sont les trois mots les plus cités par les répondants (46%) pour qualifier cette période. Viennent ensuite les termes "anxieux, inquiet, désespéré" (33%) mais également "stressé, déprimé, découragé" (31%). Près de sept Français sur 10 utilisent des qualificatifs négatifs pour qualifier cette ou ces périodes de chômage. Enfin, l'expérience du chômage est très ancrée dans les esprits puisque 86% des interrogés estiment que "tout le monde peut, un jour, connaître le chômage"

Un impact important sur la santé

En septembre 2018, un précédent rapport de l'association Solidarités nouvelles face au chômage estimait déjà que les impacts du chômage sur la santé des demandeurs d'emploi étaient "sous-estimés". Les chiffres sont là : 34% des sondés ayant connu une période de chômage ont constaté une dégradation de leur état de santé, avec l'apparition de fragilités psychiques et de nouveaux symptômes physiques.

Dans le détail, 14% ont éprouvé du stress, 12% ont vécu une période de dépression et 11% ont vu leurs maladies chroniques accentuées. "Il faut se préoccuper de la santé des demandeurs d'emploi", préconise Vincent Godebout. 

Nous, nous proposons de lancer des études épidémiologiques dessus mais aussi d'avoir une visite médicale après six mois de chômage puis après deux ans de chômage.Vincent Godeboutà franceinfo

La santé n'est pas le seul aspect de la vie d'un chômeur à être touché. La recherche d'emploi a eu un impact négatif sur l'alimentation de 39% des personnes interrogées, mais aussi sur les activités physiques ou sportives pour 38% d'entre elles ou encore sur les loisirs pour 51% d'entre elles. "Quand vous êtes salarié d'une entreprise, vous avez un accès aux comités d'entreprise qui permettent d'accéder à des vacances ou à la culture à des coûts limités. Quand vous êtes au chômage, vous n'avez plus ça, c'est la double peine", commente Vincent Godebout, qui ajoute : "oui, les chômeurs ont le droit de partir en vacances". 

Des emplois acceptés même s'ils ne correspondent pas au chômeur

Les conditions de reprise d'un emploi ne sont pas toujours optimums. Il faut d'abord noter que 51% des actifs – en emploi ayant connu une période de recherche ou actuellement en recherche – ont déjà refusé une proposition d'embauche au cours des 10 dernières années, notamment à cause de la situation géographique de cet emploi (pour 42% des sondés), de la rémunération offerte (pour 35% des sondés), ou des conditions de travail proposées (pour 33% des sondés).

Autre chiffre marquant : 55% des Français se sont déjà retrouvés dans la situation d'accepter un emploi qui ne leur correspondait pas vraiment. Les sondés ont ainsi dû faire plusieurs concessions sur différents critères : 42% ont ainsi revu leur rémunération à la baisse, 39% estiment que la nature du travail qu'ils ont accepté est sous-qualifiée par rapport à leurs compétences et le même nombre affirment que le secteur d'activité proposé ne correspond pas à leur formation. 

Pôle emploi ne remplit pas son rôle

Quelque 82% des demandeurs d'emploi estiment qu'ils ne sont pas suffisamment soutenus ou aidés par les institutions ou les entreprises.

Pôle emploi ne répond pas à l'attente d'accompagnement des demandeurs d'emploi, du fait des sous-effectifs et de la taille des portefeuilles des conseillers.Vincent Godebout, délégué général de Solidarités nouvelles face au chômageà franceinfo

Parmi les améliorations que les chômeurs attendent de la part des responsables de recrutement, arrive en tête, à 61%, le souhait de réponse systématique aux courriers de candidatures. Suivent : donner les raisons d'une non-sélection à l'embauche (60%), donner plus souvent une chance même pour une courte période (45%) ou encore permettre la possibilité de se rencontrer physiquement (29%). 

* "Baromètre SNC-septembre 2017 – Comisis / Opinion Way".L'étude a été réalisée du 5 au 21 mars 2018 auprès de 2 135 personnes. L'échantillon est représentatif de la population des actifs de 18 ans et plus, hors retraités et hors inactifs. L'échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, de sexe, catégories socioprofessionnelles, après stratification par régions et par catégories d'agglomération.