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Inversion de la courbe du chômage d'ici fin 2013 : histoire d'une promesse risquée

Le chef de l'Etat s'était engagé, avant même d'être élu, à faire baisser le nombre de chômeurs d'ici à la fin de l'année. Il maintient son objectif mais apporte des nuances alors que l'échéance se rapproche. 

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Le président de la République, François Hollande, et le ministre du Travail, Michel Sapin, lors d'une table ronde à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le 28 novembre 2013. (ETIENNE LAURENT / AFP)

François Hollande va-t-il tenir sa promesse ? Interrogé sur l'inversion de la courbe du chômage promise pour la fin 2013, le chef de l'Etat a affirmé, jeudi 28 novembre, qu'il maintenait cet objectif. "Cela prendra tout le temps nécessaire", avait-il pourtant déclaré un peu plus tôt dans la matinée, au cours d'un déplacement à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). "Ce qui compte, c'est la tendanceMois après mois, nous devons y travailler."

"C'est vrai que j'ai fixé l'objectif de l'inversion de la courbe du chômage, pour parler plus clair encore, de la baisse du chômage" d'ici à la fin de l'année, avait reconnu François Hollande jeudi matin. "Mais ce qui compte, c'est cette tendance que nous devons maintenant imposer, c'est que le chômage doit cesser d'augmenter."

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Le nombre de demandeurs d'emplois inscrits à Pôle emploi au mois d'octobre doit être publié jeudi à 18 heures par le ministère du Travail. Or, aucune baisse du chômage n'est envisagée, et encore moins la tant attendue "inversion" de la courbe. Francetv info revient sur le parcours d'une promesse un peu trop difficile à tenir.

Acte 1 : la construction d’une promesse

La déclaration apparaît pour la première fois dans un entretien accordé par le candidat Hollande, pendant l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle, en mai 2012. François Hollande promet, s'il est élu, d'inverser la courbe d’ici "un an". A l'occasion d'une conférence de presse depuis son QG de campagne, il indique qu'il acceptera "d'être jugé sur cette promesse".

Elu, il reformule la promesse en septembre 2012. Invité de TF1, le président annonce se donner encore "un an" pour y parvenir, puis précise son timing : avant la fin de l’année 2013. Dans ses vœux aux Français, qu’il veut placer sous le signe de l’optimisme, il confirme cette échéance (à 3.30 dans cette vidéo).

Acte 2 : le temps des annonces et des encouragements

"L'année 2013 sera marquée par une progression du chômage" à cause de la croissance nulle, explique le chef de l'Etat, dès février, au Salon de l'agriculture. Il concède alors que la mission de l'inversion est difficile, mais faisable. L’occasion de mettre en avant les réformes engagées dans les premiers mois de sa présidence, en tête desquelles il place les emplois d’avenir.

C’est d’ailleurs le ministre du Travail, Michel Sapin, qui monte au créneau pour réaffirmer que le président n'a pas abandonné : "Notre objectif, nous agissons pour cela, c'est de faire en sorte que le chômage se stabilise puis s'inverse. Ceci est possible."

Acte 3 : les instituts n'y croient pas 

Après une accalmie en mai, le nombre de demandeurs d'emploi sans activité est reparti à la hausse en juin, avec 14 900 nouveaux inscrits en métropole. Mais la mauvaise nouvelle n'arrive pas seule. Fin juin, l'Insee est catégorique : selon les chiffres de l'institut statistique, le chômage devrait continuer de grimper fin 2013 pour atteindre 10,7% en métropole, soit un taux très proche du record historique. 

Le mois suivant, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) confirme le pessimisme de l'Insee. Selon elle, le chômage en France devrait continuer à augmenter jusqu'à fin 2014. Dans son rapport annuel Perspectives de l'emploi, elle prévoit même un taux de chômage à 11,2% en France au dernier trimestre 2014, contre 10,7% au 2e trimestre 2013.

Face aux prévisions sombres, l'exécutif maintient le cap même si François Hollande concède que "ça sera dur"Le ministre de l'Economie persiste et signe également : "Oui, j'y crois !", martèle Pierre Moscovici, estimant le tour de force "tout à fait possible".

Acte 4 : le temps des précisions 

Le Figaro évoque un "glissement sémantique" du chef de l'Etat en octobre. Lors d'une allocution au Conseil européen, "François Hollande a donné le sentiment de préparer les esprits à l'idée que la courbe du chômage ne sera pas forcément inversée avant la fin de l'année", écrit le site du quotidien. 

S'il reconnaît que "nous n'y sommes pas encore", alors qu'une augmentation de près de 2% du nombre de demandeurs d'emploi vient d'être annoncée, il précise son calendrier : la baisse interviendra sur "les mois de novembre et de décembre, donc dans les chiffres de décembre et de janvier". Et d'admettre : "Les derniers chiffres, si on les regarde avec objectivité, montrent que nous sommes sur le chemin [mais] nous ne sommes pas dans une phase de croissance solide, durable."

"Il faut qu’il y ait moins de chômeurs, pendant plusieurs mois que les mois précédents. C’est comme cela qu’on inverse la courbe", s’agace ensuite Michel Sapin en septembre. Ce qui l’ennuie ? Le doute général face à cette promesse dont il est le garant, au ministère du Travail. "Cela se verra avec un mois de décalage. Vous êtes toujours à vouloir que Noël se passe au 15 août." 

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"Je pense qu'on y arrivera", prédit pour sa part Benoît Hamon, ministre délégué à l'Economie sociale et solidaire. Le même jour, il prédit une qualification des Bleus pour le mondial, à 4-0 contre l'Ukraine. L'avenir lui donne (presque) raison. De quoi soulager le gouvernement alors que la fin du suspense sur la courbe sera sifflée d'ici une poignée de semaine ?

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