Chiffres du chômage : "Aujourd'hui, l'économie détruit des emplois donc le chômage ne peut qu'augmenter", selon l'OFCE

"Il va falloir faire un plan massif pour les entreprises, pour éviter les faillites", estime Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques.

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Éric Heyer (directeur analyse et prévision de l'OFCE), le 17 septembre 2015. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Le taux chômage a diminué de 0,7 point en France au deuxième trimestre selon l'Insee, qui constate une baisse "en trompe-l'oeil". "C'est certain que le chômage va augmenter dans les prochaines semaines, les prochains trimestres", confirme jeudi 13 août sur franceinfo Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE, l'Observatoire français des conjonctures économiques. "Aujourd'hui, l'économie détruit des emplois donc le chômage ne peut qu'augmenter."

Faut-il craindre une explosion des chiffres du chômage dans les prochaines semaines ?

Oui, c'est certain que le chômage va augmenter dans les prochaines semaines, les prochains trimestres. Aujourd'hui, l'économie détruit des emplois, aux alentours de 180 à 200 000 emplois, donc le chômage ne peut qu'augmenter. S'il n'augmente pas, c'est soit pour des raisons un peu techniques, c'est-à-dire que puisque les personnes n'étaient pas immédiatement disponibles ou n'ont pas recherché activement d'emploi, elles sont sorties de ces statistiques. Mais elles vont y revenir le trimestre prochain. Et puis globalement, aujourd'hui, les destructions d'emplois sont fortes, mais relativement limitées compte tenu de la chute d'activité, parce qu'on a encore recours au chômage partiel. Mais ce recours au chômage partiel va être de plus en plus faible. Les entreprises qui ont été aidées vont devoir rembourser une partie de ces aides. L'activité repart certes, mais pas très franchement, donc globalement, il est à craindre, malheureusement, que certaines entreprises fassent faillite et qu'il y ait des destructions d'emplois un peu plus massives.

Les jeunes diplômés ont-ils des raisons d'être inquiets ?

Il y a des raisons. Ils vont arriver sur un marché du travail qui va être déprimé. Et on sait que malheureusement, quand on arrive dans cette situation-là, on garde trace pendant un certain nombre d'années de ce moment-là, c'est-à-dire que leur carrière va être marquée par cette arrivée au mauvais moment. Donc ce n'est pas une génération sacrifiée mais c'est vraiment une année sacrifiée. Les personnes qui sortent en 2020 vont effectivement avoir des difficultés à trouver un emploi et même quand elles vont trouver un emploi, ça va être un emploi de moins bonne qualité que les cohortes précédentes, et donc il faut effectivement les aider. Mais aujourd'hui, il faut aider un peu tout le monde. Globalement, les jeunes vont être en difficulté mais si vous avez 40 ou 45 ans, vous allez aussi être en grande difficulté pour retrouver un emploi.

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a annoncé que trois milliards d'euros seraient consacrés aux petites et moyennes entreprises dans le plan de relance de l'économie française. Est-ce que cela va suffire ?

Moi, il me semble que c'est légèrement insuffisant. Pendant le confinement, le coût pour l'économie française a été aux alentours de 180 milliards d'euros. Sur ces 180 milliards, il y a bien entendu une grande partie qui a été prise en charge par les finances publiques. Mais il reste à peu près 55 à 60 milliards pour les entreprises. Et c'est ça qui est inquiétant, les entreprises ne peuvent pas supporter un coût si important. Donc 3 milliards, c'est peut-être insuffisant. Si on veut à tout prix limiter les destructions d'emplois, il va falloir limiter les faillites d'entreprises et donc aider peut-être un peu plus massivement les entreprises. Le gouvernement a aidé les ménages en maintenant quasiment leur pouvoir d'achat via le chômage partiel et donc ces derniers ont même constitué une épargne record. Maintenant, il va falloir faire un plan massif pour les entreprises, pour éviter les faillites.

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