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Réussir sa reconversion professionnelle : les conseils d'Yves Deloison

Il n'y a pas de règle en matière de changement de voie professionnelle. Yves Deloison, journaliste, auteur de l'ouvrage Je veux changer de job !, aux éditions Hachette Pratique, démystifie les rouages de cette tendance.
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France Télévisions
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Qu'est-ce qui incite les individus à vouloir changer de voie professionnelle ?

Yves Deloison : "L'envie de se réaliser à travers un projet professionnel plus proche de ses aspirations est bien souvent le point de départ qui va mener à une reconversion professionnelle. Mais il est vrai aussi qu'un changement de métier est parfois subi, suite à un plan social par exemple. Nous vivons dans un contexte où le travail n'est plus linéaire, les individus sont presque contraints de penser à une éventuelle reconversion. A partir de ce postulat, deux réactions sont possibles : attendre que les choses se passent, ou prendre les devants pour anticiper."

La reconversion professionnelle est-elle à portée de tout un chacun, quelque soit son parcours ?

Y.D. : "Bien que l'aptitude au changement ne soit pas la même selon les personnes, il est important de souligner que tout le monde possède un potentiel d'adaptation. Quel que soit son niveau de diplôme, son âge, son expérience, un individu peut prétendre à une reconversion à condition que son projet soit en adéquation avec son profil. Sauf à vouloir quelque chose d'inconsidéré, comme devenir chanteur d'opéra alors que l'on n'a jamais chanté, il n'y a pas de raison de se mettre des freins. Bien sûr, les choses ne seront pas envisagées de la même manière à 30 ans ou à 50 ans. Mais l'âge n'est pas un facteur bloquant. Bien sûr il faut confronter son projet, ses envies, à la réalité socio-économique. Bien sûr la démarche est complexe, difficile et longue. Mais si on s'arrête aux statistiques, ou aux idées reçues qui circulent ? « les plus de 50 ans ont du mal à retrouver un emploi, ou tel secteur est difficile d'accès ou se porte mal » ? personne ne bouge."

Comment faire en sorte que le projet visé soit en adéquation avec le profil et ne pas se tromper ?

Y.D. : "A partir du moment où l'idée d'une reconversion se fait sentir, il faut l'analyser. Le point de départ de la réflexion, c'est soi. Quels sont mes goûts, mes aspirations, qu'est-ce que je veux ou pas? Cette introspection se fait à partir de questions toutes simples. Le but étant de se connaître. Une fois que l'on s'est assuré que l'envie de se reconvertir est réelle et profonde, et non pas parasitée par d'autres éléments annexes (phase dépressive ou ras-le-bol passagers), on peut se lancer dans le processus de  réflexion qui va mener à l'élaboration, puis la validation d'un projet.La phase d'élaboration est la plus longue. Elle va permettre de déterminer ses compétences et aptitudes ainsi que ses aspirations en prenant en compte la globalité du parcours (professionnel, personnel, social). Le projet n'en sera que plus cohérent. Même si cela ne saute pas aux yeux, il y a souvent un élément du parcours qui peut expliquer tel ou tel choix. Et cela permettra à la personne reconvertie d'argumenter face à ses futursemployeurs ou clients."

La reconversion professionnelle induit-elle forcément un bouleversement spectaculaire ?

Y.D. : "Sur mon blog, Toutpourchanger.com on peut lire le témoignage d'un ingénieurdevenu? sage-femme. Tous les changements de vie professionnelle ne sont pas aussi spectaculaires. L'important est de trouver ce qui nous convient le mieux, ce peut être des changements apparaissant comme « petits » aux yeux de certains mais apportant un réel changement pour la personne concernée. Cela ne signifie pas forcément un bouleversement total. On peut conserver son métier mais exercer dans une association, changer de poste au sein de la même entreprise?"

Faut-il se fixer une limite dans le temps à partir du moment où l'on émet le souhait de se reconvertir ?

Y.D. : "Entre le moment où l'on a le déclic et celui où on se dit clairement que l'on a envie de changer, il peut se passer de 6 mois à un an, voire deux années ! Il n'est pas tellement possible de se fixer un objectif en terme de temps. Car il y a des paramètres qu'on ne peut pas maîtriser. Par exemple, si on doit passer un diplôme, on est soumis à un calendrier, à la réussite de celui-ci, à défaut de devoir le repasser? Le processus de reconversion peut être court ou durer quelques années ! Bien qu'il s'agisse au départ d'une démarche personnelle, les avis de l'entourage sont difficiles à éviter."

Comment gérer les réactions des uns et des autres ?

Y.D. : "Evidemment, conjoint et enfants sont concernés par le changement. Il est impératif de les intégrer dans la réflexion et le cheminement du projet. En dehors de cette sphère familiale resserrée, les réflexions des uns et des autres peuvent être utiles et amener la personne à étendre sa réflexion, à penser à des choses qu'elle n'avait peut-être pas envisagées au départ? Il faut rester dans l'écoute tout en conservant son propre jugement."

Peut-on rebondir après un échec ?

Y.D. : "La seule manière de pouvoir construire son projet de reconversion en toute sérénité est d'intégrer la possibilité d'un échec. Celui-ci peut aussi s'envisager comme une part de réussite. On se dit que finalement, on a été capable d'entreprendre les démarches, de se lancer, et même si on n'est pas arrivé là où on voulait, notre situation a bougé et, finalement, cette nouvelle donne nous convient parfaitement. A partir du moment où l'on agit de manière préparée et qu'on ne prend pas de risque inconsidéré, les ratés comme les réussites peuvent permettre d'avancer dans sa vie professionnelle." 

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