Qui sont les militants qui ont passé la "Nuit Debout" contre la loi Travail ?

Le collectif, qui affirme avoir rassemblé 4 000 personnes à Paris après la manifestation du 31 mars, a été imité dans plusieurs villes de province.

Des manifestants contre la loi Travail rassemblés pour la \"Nuit Debout\", place de la République à Paris, le 1er avril 2016.
Des manifestants contre la loi Travail rassemblés pour la "Nuit Debout", place de la République à Paris, le 1er avril 2016. (MAXPPP)

"Le 31 mars, on ne rentre pas chez nous", avaient-ils promis. Ils tiennent parole. Depuis jeudi, après la manifestation contre la loi Travail, des centaines de personnes, 4 000 selon les organisateurs, se rassemblent le soir sur la place de la République, à Paris et y passe une bonne partie de la nuit. Un mouvement baptisé "Nuit Debout", imité dans plusieurs villes de France et qui continue ce samedi 2 avril. 

A Paris, un concert, une projection du film Merci Patron ! mais surtout des débats politiques étaient organisés, jusqu'à l'expulsion des derniers irréductibles par la police, à 5 heures du matin. Le collectif Convergence des luttes, à l'origine du rassemblement, assure avoir obtenu l'autorisation préfectorale d'occuper la place pendant trois jours. Francetv info vous explique qui est derrière cette initiative.

Un mouvement né de la dynamique du film "Merci Patron !"

La "Nuit Debout" est d'abord née d'une frustration, explique Camille (son prénom a été changé), membre du collectif : "On était un peu déprimés par les résultats des élections régionales. Autour de nous, on a eu l'impression d'une torpeur généralisée. A cela s'ajoutaient les attentats…" Autour de la rédaction du journal indépendant Fakir (qui se définit comme un "journal fâché avec tout le monde. Ou presque"), l'envie d'une réaction monte.

Ce sentiment va croiser une autre dynamique. Le fondateur de Fakir, François Ruffin, se prépare à sortir son premier film, "Merci Patron !". Le documentaire, qui raconte comment deux chômeurs, licenciés par le groupe LVMH, ont piégé son patron Bernard Arnault, est devenu un "phénomène" en salles, avec 150 000 entrées en un mois, raconte Télérama"C'est un film réjouissant, et qui répond bien au contexte actuel autour de la loi Travail", explique Camille. Avant même sa sortie, l'équipe de Fakir, dont la jeune femme fait partie, "a senti une énergie chez les gens qui sortaient du film. On s'est dit que ce serait dommage de la laisser filer".

Une star : l'économiste Frédéric Lordon

Le 23 février, veille de la sortie du film, le journal organise, à Paris, une soirée "Leur faire peur", autour de militants, syndicalistes et intellectuels, tous décidés à "faire peur" à ce qu'ils désignent comme "une oligarchie qui a pris le contrôle de l’économie, des médias, de la justice, du gouvernement (fût-il 'socialiste')". Après cette soirée, un groupe se retrouve dans un bar. De la conversation émerge l'idée d'un rassemblement qui prolongerait une manifestation contre la loi Travail.

Un jeu de chamboule-tout à l\'effigie de grands patrons, sur le site du rassemblement \"Nuit Debout\", place de la République à Paris, le 31 mars 2016.
Un jeu de chamboule-tout à l'effigie de grands patrons, sur le site du rassemblement "Nuit Debout", place de la République à Paris, le 31 mars 2016. (REVELLI-BEAUMONT / SIPA)

Si l'étincelle est venue de Fakir, le collectif Convergence des luttes est plus large et informel : étudiants, salariés ou militants, pas forcément encartés à un parti ou un syndicat. "Il y a des liens entre les gens, forcément, mais tout le monde ne se connaît pas", assure Camille. "Fakir n'est pas du tout au centre du truc" Seul intervenant invité à prononcer un discours sur scène jeudi, l'économiste du CNRS Frédéric Lordon, star de la gauche de la gauche et "là depuis le début", même s'il n'était pas présent lors de la première soirée.

Pour le reste, les organisateurs assurent n'avoir occupé qu'un rôle logisitique dans la préparation de la "Nuit Debout", aidés par "une cinquantaine de personnes qu'[ils] ne connaissai[en]t pas" mais qui ont répondu à un appel sur Facebook. Quant aux rassemblements du même nom dans le reste de la France, Camille assure que le collectif n'en est pas à l'initiative. Libre à chacun de reprendre l'idée.

En Espagne, des internautes y voient les nouveaux "indignés"

Sur place, la discussion est libre. Frustrés par les manifestations, les initiateurs de la "Nuit Debout" expliquent avoir voulu créer "un espace de débat et de fête". Ils se défendent d'avoir une ligne politique. "On est de gauche et on n'aime pas le PS, mais j'imagine qu'on n'est pas tous sur la même ligne", confie Camille. Qui n'évoquera pas plus la question, le groupe préférant évoquer la logistique seule avec les médias.

Une pancarte sur le site de la \"Nuit Debout\", place de la République à Paris, le 31 mars 2016.
Une pancarte sur le site de la "Nuit Debout", place de la République à Paris, le 31 mars 2016. (REVELLI-BEAUMONT / SIPA)

Camille renvoie tout de même à l'intervention de Frédéric Lordon, dont l'intervention a été mise en ligne. L'économiste y évoque "la violence néolibérale" de la loi Travail, mais son message dépasse la simple demande de retrait du texte : "Merci El Khomri, Valls et Hollande, pour nous avoir enfin ouvert les yeux et fait apparaître qu’au point où nous en sommes, il n’y a plus rien à négocier, il n’y a plus rien à revendiquer."

L'occupation d'une place, la création d'un espace de débat libre, même la gestuelle des manifestants pour exprimer en silence l'approbation d'un interlocuteur, comme décrit Politis… Difficile de ne pas penser au mouvement des "indignés" espagnols. Le compte Twitter de la "Nuit Debout" ne manque pas de reprendre les nombreux messages d'internautes espagnols intéressés par cette initiative française, mais ses organisateurs ne cherchent pas la comparaison. En 2011, la Puerta del Sol de Madrid avait été occupée pendant près de trois mois. Vendredi, les manifestants parisiens tenteront déjà d'occuper la place pour une deuxième nuit consécutive.