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En quoi le Contrat d'engagement jeune présenté par Emmanuel Macron est-il moins ambitieux qu'annoncé en juillet ?

Les 16-25 ans précaires auront droit à un accompagnement et à une allocation jusqu'à 500 euros s'ils sont sans emploi ni formation de façon "durable". Une précision qui divise cependant par deux le public concerné.

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Un stand de Pôle emploi dans un forum pour l'emploi à Perpignan (Pyrénées-Orientales), le 2 septembre 2021. (ARNAUD LE VU / HANS LUCAS / AFP)

Ne l'appelez plus "revenu d'engagement", comme l'avait fait Emmanuel Macron en juillet. Le président de la République a officialisé, mardi 2 novembre sur Facebook, le lancement du Contrat d'engagement jeune. Ce dispositif destiné aux jeunes de 16 à 25 ans sans emploi ni formation en cours leur proposera, à partir de mars 2022 et pour un an, un accompagnement pour se rapprocher du marché du travail, qui pourra être accompagné d'une allocation allant jusqu'à 500 euros mensuels.

Depuis son annonce à l'été, son périmètre s'est cependant réduit, et son changement de nom souligne la volonté de l'exécutif de ne pas le présenter comme un revenu garanti. La mesure reprend en outre le principe de la Garantie jeunes, un dispositif déjà existant, mais avec pour objectif de toucher un plus large public. Franceinfo vous aide à y voir plus clair dans cette annonce.

Un accompagnement des jeunes sans emploi...

Pour tous ses bénéficiaires, le Contrat d'engagement jeune doit donner droit à "15 à 20 heures d'accompagnement par semaine", a précisé Emmanuel Macron dans un message sur Facebook mardi. Cet encadrement a pour but d'aider ces jeunes, éloignés du marché du travail, à "découvrir un métier, se former, trouver un apprentissage ou un emploi". Une idée qui repose sur le constat que, selon Emmanuel Macron, "des centaines de milliers d'emplois sont disponibles partout en France", auxquels ces jeunes accéderaient plus facilement en passant par ce contrat.

Par "jeunes", l'exécutif désigne plus précisément les Français de 25 ans ou moins. Pour être éligibles au dispositif, ils devront être "sans formation ni emploi depuis plusieurs mois", écrit Emmanuel Macron. Aucun seuil de durée ne sera fixé, précise le ministère du Travail : c'est quand il fera sa démarche qu'un jeune saura s'il a droit au Contrat d'engagement, après un diagnostic de l'opérateur qu'il aura sollicité. Pour accéder à ce contrat, les jeunes devront par ailleurs disposer de moins de 497,50 euros de ressources par mois.

L'accompagnement durera jusqu'à un an, mais pourra être prolongé de six mois supplémentaires dans certains cas particuliers, a détaillé mardi le Premier ministre, Jean Castex. Il cessera en cas de "non-respect des engagements" ou de "refus injustifié" d'une offre d'emploi ou de formation.

... potentiellement accompagné d'une allocation

Le dispositif comporte aussi un aspect financier pour les jeunes qui signeront ce contrat. "Une allocation pouvant aller jusqu'à 500 euros pourra être versée", écrit Emmanuel Macron. Selon les revenus de la personne, notamment si elle trouve un emploi ou une formation en cours d'accompagnement, le montant de l'allocation pourra diminuer, comme c'est déjà le cas avec la Garantie jeunes (elle tombe à 0 à partir de 1 271,57 euros de revenus).

Une refonte de l'actuelle Garantie jeunes

Un contrat, accompagné d'une aide financière, pour aider un jeune à trouver un emploi ou une formation ? Le Contrat d'engagement jeune ressemble beaucoup à la Garantie jeunes, un dispositif créé sous François Hollande (notre journaliste Yann Thompson a récemment rencontré de jeunes bénéficiaires). Il s'adresse également aux 16-25 ans, et l'allocation qui l'accompagne peut aussi atteindre jusqu'à 500 euros par mois (497,50 euros plus exactement).

L'exécutif ne cache pas que sa mesure s'inscrit dans la continuité de ce qui existe, et évoquait dès début 2021 le projet d'une "Garantie jeunes universelle". Le gouvernement avait par ailleurs déjà fixé pour 2021 l'objectif de passer de 100 000 à 200 000 bénéficiaires pour ce premier dispositif. Le Contrat d'engagement jeune va finalement "se substituer" à la Garantie jeunes, a précisé Jean Castex mardi.

Là où la Garantie jeunes est uniquement confiée aux missions locales, le Contrat d'engagement jeune pourra en revanche être géré par d'autres acteurs, notamment Pôle emploi, a expliqué le Premier ministre. Il promet également que l'accompagnement sera plus "intensif et personnalisé", et que les bénéficiaires auront un unique référent, qu'ils rencontreront au moins tous les 15 jours. Le chef du gouvernement dit aussi compter sur des partenariats avec des acteurs de terrain comme les associations sportives ou de lutte contre la pauvreté, pour orienter les jeunes vers ce contrat et mieux comprendre leurs besoins.

Un périmètre plus limité que prévu

La forme finale du Contrat d'engagement jeune n'est pas forcément celle que laissait imaginer le discours d'Emmanuel Macron en juillet, quand il avait mentionné cette mesure pour la première fois. Le chef de l'Etat évoquait alors un "revenu d'engagement pour les jeunes", mettant donc davantage l'accent sur l'aide financière. Il n'avait pas précisé que cette aide serait, comme celle de la Garantie jeunes, soumises à une condition de ressources.

Ce changement fait suite à plusieurs mois de débats au sein de l'exécutif, que nous évoquions déjà en octobre, le ministère de l'Economie ayant poussé pour réduire la portée et le coût du dispositif. Renoncer au terme de "revenu" est aussi très symbolique. "Le mot 'revenu' a pu interroger. Levons toute ambiguïté, nous sommes dans une logique contractuelle", précisait Jean Castex aux Echos, en septembre. Il insistait alors sur le fait que la mesure n'était pas équivalente à une ouverture du RSA aux moins de 25 ans.

Par ailleurs, en juillet, Emmanuel Macron annonçait une mesure destinées à tous les "jeunes sans emploi ou formation". Dans son message sur Facebook mardi, il ajoute une précision : "depuis plusieurs mois". Un critère qui réduira le nombre de bénéficiaires. Quelques heures plus tard, Jean Castex expliquait que, si "un million de jeunes environ" sont "sans emploi, ni en formation ni en études", "500 000 d'entre-eux le sont durablement". Ce sont ces derniers qui seront finalement concernés, a confirmé le Premier ministre.

La réduction des bénéficiaires potentiels à 500 000 était déjà actée en octobre, selon nos informations, alors que la secrétaire d'Etat chargée de la Jeunesse, Sarah El Haïry, parlait encore mi-septembre d'un million de personnes potentiellement concernées. Selon quels critères les jeunes seront ils considérés comme "durablement" sans emploi ni formation ? Le ministère du Travail explique que la question sera tranchée lors d'un "diagnostic" établi lorsqu'un jeune se portera candidat. Le gouvernement espère que 400 000 de ces contrats seront conclus en 2022.

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