Supervision bancaire : "Une bonne nouvelle pour l'Europe, moins pour l'économie"

Après l'accord annoncé par les ministres européens des Finances, francetv info a interrogé Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE.

La banque espagnole Bankia, quatrième banque d\'Espagne, a été nationalisée au mois de mai.
La banque espagnole Bankia, quatrième banque d'Espagne, a été nationalisée au mois de mai. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

CRISE EUROPEENNE - Après des négociations marathon, les ministres européens des Finances sont parvenus, jeudi 13 décembre, à un accord unanime sur la supervision unique des banques de la zone euro, confiée à la Banque centrale européenne (BCE).

C'est un "accord historique", a commenté sur Twitter le commissaire européen chargé des Services financiers, Michel Barnier. Pour y voir plus clair et mieux comprendre les conséquences de cet accord, francetv info a interrogé Henri Sterdyniak, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Francetv info : Accusées de plomber l'Europe pendant l'été, dans quelle situation sont actuellement les banques ?

Henri Sterdyniak : En Espagne, les banques [qui pourraient obtenir un prêt de 100 milliards d'euros de la BCE] ne se sont pas remises de l'explosion de la bulle immobilière. Il faut impérativement les recapitaliser. On peut signaler d'autres problèmes à Chypre, même s'ils sont plus limités. En France, il y a le cas de la banque franco-belge Dexia, gangrenée par des actifs pourris. Mais il peut se régler plus simplement entre Paris et Bruxelles.

Une chose est certaine : cet accord était nécessaire car l'ensemble des banques européennes peut être fragilisé avec la récession attendue en 2013 [comme le prévoit le Fonds monétaire international]. Et si l'échéance pour la mise en œuvre a été fixée à 2014, c'est parce qu'on ne peut pas agir dans la précipitation. Ce dispositif prépare l'avenir. En attendant, 2013 va être horrible : les marchés vont être rassurés un certain temps, mais le secteur bancaire va passer toute l'année dans l'expectative.

Est-ce que l'entrée en action de cette supervision des banques va signer la sortie de crise ?

Non. Il reste le problème des Etats. Des pays comme l'Espagne, le Portugal, la Grèce, sont toujours menacés par leur dette. Et lorsque les banques vont devoir se mettre aux normes européennes, elles vont manquer d'argent. Or les Etats comptent sur les banques pour payer leur dette. Donc cet accord est une bonne chose car il va permettre de solidifier les banques, mais il met les Etats à nu, ils seront plus vulnérables face aux marchés.

L'autre problème est la relance. Si les banques sont soumises à des mesures qui limitent leurs actions, elles ne vont pas pouvoir être un moteur de croissance, accorder des crédits aux investisseurs et supporter l'économie. Concrètement, cet assainissement des banques va dégrader la situation économique générale de l'Europe pendant trois à quatre ans.

Pourquoi parle-t-on alors d'accord "historique" ?

Il est important car il y a une perte de l'influence de l'échelon national et une mise en avant de l'échelon européen. Ce n'est pas le fédéralisme, mais c'est un pas important vers le fédéralisme. Si on veut l'Europe, c'est dans ce sens qu'il faut aller.

En résumé, c'est plus une bonne nouvelle pour l'Union européenne que pour l'économie. Il lui ouvre un nouveau champ d'actions.