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Crise en Guyane : les trois points qui ont fait échouer les négociations

Bernard Cazeneuve a appelé, lundi, à "poursuivre le dialogue" en Guyane. Mais le Premier ministre a dit "refuser la démagogie" de ceux qui, à Paris comme à Cayenne, "réclament des milliards".

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Un manifestant du collectif des 500 Frères fait face à un policier à Cayenne, le 29 mars 2017, lors d'un rassemblement.  (JODY AMIET / AFP)

Bernard Cazeneuve a appelé, lundi 3 avril, à "poursuivre le dialogue" en Guyane, mais sans promesses "irréalistes", à l'issue d'une réunion interministérielle. Le Premier ministre n'a pas cédé à l'ultimatum des grévistes, qui avaient exigé dimanche 2,5 milliards d'euros "tout de suite". Le collectif avait rejeté le plan d'aide au département en cinq points, proposé par le gouvernement lors de la visite en Guyane d'Ericka Bareigts, la ministre des Outre-Mer.

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"On rentre dans un rapport de force avec l'Etat, a expliqué Florence Adjodha, l'une des porte-parole du mouvement de protestation. La ministre des Outre-Mer étant partie, il faut que l'Etat se rende compte que le peuple guyanais ne se démobilise pas." Franceinfo revient sur les trois points qui ont fait échouer les négociations.

1Les grévistes veulent 2,5 milliards d'euros

Dans son plan en cinq points, présenté samedi par le ministre de l'Intérieur Matthias Fekl, le gouvernement s'est engagé à investir 1,085 milliard d'euros pour mettre en place des "mesures d'urgence". C'est trop peu pour les grévistes. "L'enveloppe qui est donné ne permet pas de répondre à l'urgence", explique à franceinfo Josiane Beausoleil, co-fondatrice de l’association Sinnamary, qui promeut la culture guyanaise en métropole.

"Nous exigeons 2,5 milliards d'euros tout de suite", a lancé Olivier Goudet, un porte-parole du collectif des 500 frères contre la délinquance, l'un des groupes au cœur du mouvement. Cette position intransigeante, exprimée depuis le perron de la préfecture à Cayenne, où la ministre des Outre-Mer Ericka Bareigts recevait la délégation, a suscité les cris de joie des centaines de personnes massées en contrebas.

La ministre fait comme si elle ne savait pas que nous avons 50 ans de retard, qu'on subit, que nous voyons de la misère dans notre pays. Nous allons lui montrer.

Olivier Goudet

porte-parole du collectif des 500 Frères

2Des mesures jugées trop floues sur la santé et l'éducation

Les revendications du mouvement social qui paralyse la Guyane depuis deux semaines sont multiples : préoccupations sécuritaires, sanitaires, éducatives, économiques... Le gouvernement a répondu à certaines de ces doléances, notamment en matière de sécurité. Dans son plan, le gouvernement propose par exemple la pérennisation d'un escadron de gendarmes mobiles et l'arrivée de 50 gendarmes et policiers en renfort dès 2017. Le ministre de l'Intérieur s'est aussi engagé à construire un tribunal de grande instance et une prison à Saint-Laurent-du-Maroni, pour un coût respectif de 30 et 50 millions d'euros.

Mais c'est sur les revendications en matière d'éducation et de santé que les négociations ont échoué. "Toutes les questions sectorielles ont trouvé une issue, a assuré Gauthier Horth, un entrepreneur au sein de la délégation. Mais dès qu'on touche aux questions transversales, comme la santé ou l'éducation, ça bloque." "On ne peut pas laisser pour compte ces deux thématiques, estime Josiane Beausoleil. Rien n’est chiffré, quantifié [dans le plan du gouvernement]."

3L'épineuse question du statut de la Guyane

A la sortie des négociations avec les ministres, Davy Rimane, l'un des porte-parole du mouvement, a dénoncé le manque d'autonomie du territoire. Il critique le lien "trop centralisé et vertical avec Paris", qui empêche la Guyane "d'avancer". "Nous demandons au président de la République et au gouvernement d'entamer les discussions avec la société guyanaise afin d'ouvrir un débat clair, transparent, visant à doter notre pays, trop éloigné des centres de décisions hexagonaux, un statut particulier pour la Guyane", a-t-il lancé, comme le notent nos confrères de Guyane 1ère.

Une question épineuse pour ce territoire sud-américain. Un référendum sur l'autonomie de la Guyane s'est tenu en 2010, mais le "non" l'avait largement emporté. "Cette crise est l'expression de l'échec de ce référendum car le cadre réglementaire n'est pas du tout en adéquation avec la réalité guyanaise", a observé Gauthier Horth, du collectif de grévistes. De son côté, le gouvernement n'a pas commenté cette revendication des manifestants. 

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