"Comment on peut faire une grève sans manger, sans boire, sans circuler ?" : à Mayotte, la pénurie menace

Alors que la grève générale et les blocages se poursuivent à Mayotte, les problèmes d'approvisionnement s'accumulent. 

Barrageà Mamoudzou (Mayotte), le 13 mars.
Barrageà Mamoudzou (Mayotte), le 13 mars. (SANDRINE ETOA ANDEGUE / RADIO FRANCE)

Le port paralysé, les hôpitaux en manque de médicaments, les supermarchés en rupture de stock, depuis quatre semaines Mayotte vit au ralenti, bloquée par une grève générale contre l'insécurité. Malgré l'accord de principe conclu avec la ministre des Outre-mer, il n'y a toujours pas de sortie de crise en vue et les pénuries s'accumulent dans l'île. 

Des stocks de médicaments insuffisants

Le bilan dressé par Catherine Barbézieux, la directrice du seul hôpital de l'île, est sans appel : "Aujourd'hui, nous avons entre 24 et 48 heures de stock de médicaments ou de linges, ce qui est très insuffisant pour faire tourner un hôpital." Des antibiotiques étaient attendus, mais ils n'ont toujours pas été livrés. Il manque également un produit essentiel, affirme Catherine Barbézieux : "Nous sommes également en rupture de stock de couches culottes pour enfants." 

Désormais, les magasins ne sont plus approvisionnés.Kelsi, un habitant

La situation n'est pas aussi alarmante dans les supermarchés, mais elle reste préoccupante. Les deux grands groupes de distribution estiment avoir encore des stocks pour une dizaine de jours. A Mamoudzou, dans un supermarché, Kelsi, un habitant de l'île, empile sous son menton quatre paquets de lingettes pour son bébé de deux semaines : "Je prends des lingettes, après je vais voir le lait et puis je vais acheter des couches. J'anticipe. Ce sera peut-être la même chose qu'en 2011 lors de la grève générale. Il y a beaucoup de produits qui manquent. ,."

La pénurie se fait sentir devant cette station-service de Mamoudzou.
La pénurie se fait sentir devant cette station-service de Mamoudzou. (ORNELLA LAMBERTI / AFP)

L'un des poumons de l'île est bloqué

Les ruptures de stock sont en grande partie dues au blocage du port de Longoni. Et pour cause, Mayotte dépend à 95% des importations par voies maritimes. Cet endroit stratégique à l'arrêt, c'est une catastrophe pour ce transitaire, qui préfère rester anonyme : "Le port est bloqué depuis huit jours, il n'y a plus aucun fret qui sort du port de Longoni. Cela veut dire que nos clients sont en rupture de stock. On a des produits périssables, des médicaments, de la nourriture, tout cela est bloqué, donc il ne faut pas que cela dure." 

Seindou, un habitant de Kaweni, en Grande Terre, estime lui aussi que ces blocages ont trop duré. Devant une station-service, cela fait six heures qu'il attend du carburant : "Je soutiens la grève mais pas la manière. Je ne sais pas comment on peut faire une grève sans manger, sans boire, sans circuler. Barrer les routes, c'est vraiment idiot !" Des blocages sur les routes qui ont d'autres conséquences. Les poubelles n’ont pas été ramassées depuis plus de deux semaines dans seize des dix-sept communes de l’île. Les camions ne peuvent pas franchir les barrages. Selon le Sidevam, l’organisme chargé de la collecte des déchets, entre 3 000 et 4 000 tonnes de déchets patientent sous une température de 30°C.