VIDEO. Ces maires qui pleurent leur centre-ville mais ouvrent des grandes surfaces en périphérie

Pour lutter contre la disparition des commerces de centre-ville, l’Etat subventionne plus de 200 communes. Mais paradoxalement, 67 d'entre elles continuent d'autoriser dans le même temps les grandes surfaces à s'étendre.

Un peu partout en France, les petits commerces de centre-ville ferment, concurrencés par les grandes surfaces en périphérie, et les maires s’en désolent. Alors ils demandent à l’Etat des subventions pour revitaliser leurs rues commerçantes. Mais à peine l’argent encaissé, certains maires autorisent... de nouvelles grandes surfaces !

Laon, dans les Hauts-de-France : au centre-ville, plus d’un commerce sur trois est fermé. Et chez ceux qui restent, ce n’est pas la joie. « Ça devient très, très compliqué, » confie Lydie Compère, membre de l’association des commerçants du centre-ville. « Peut-être que je serai partie l’année prochaine. Ce sera un local de plus de fermé ! »  

920 000 euros de l’Etat pour le centre-ville... et un nouveau Leclerc en périphérie  

Pour y remédier, l’Etat a lancé l’an dernier le plan « Action coeur de ville ». Comme 222 communes, le maire (UDI) de Laon s’est porté candidat à des aides financières pour rénover son centre-ville. « Plus on rend l’espace attractif, plus les gens ont envie de flâner, et c’est donc aussi pour les commerçants, déclencher des achats », explique Eric Delhaye. Etudes d’urbanisme, rénovation de bâtiments : en tout, cette année, Laon devrait toucher 920 000 euros.  

Mais pendant que l’Etat arrose le centre-ville, le maire, lui, vient d’autoriser l’agrandissement de la zone commerciale, qui compte déjà une cinquantaine de grandes et moyennes surfaces. L’actuel centre Leclerc sera remplacé par un grand magasin de bricolage. Un nouvel hypermarché ouvrira sur 11 hectares de terrain. « On ne peut pas à la fois dire ‘je veux revitaliser le centre-ville’ et à la fois autoriser une telle zone, une telle concurrence », tonne Jean-Michel Bévière, un ancien architecte opposé au projet. « C’est une incohérence, un paradoxe, une contradiction », ajoute Jean-Jacques Simon de l’association « SOS Laon ».  

Le maire, lui, assume son choix : « ce n’est pas du tout se tirer une balle dans le pied. Ce n’est pas une question de répartition de chiffre d’affaires entre le centre-ville et l’hypermarché. La concurrence se fait entre les deux grands hypermarchés qui sont aux deux extrémités de la ville. »  

Etendre les grandes surfaces tout en touchant des aides de l’Etat pour le centre-ville…  cela n’arrive pas qu’à Laon. Sur les 222 communes du plan « Action cœur de ville », 67 - soit près d’une sur trois, ont autorisé depuis l’an dernier des créations ou des extensions de grandes surfaces.  

   

L’administration reconnait que certains cas posent problème. Mais une loi récemment votée devrait mettre fin à ces incohérences.  

Le préfet pourra s’opposer à une demande de projet en périphérie si ce projet est de nature à fragiliser les actions de revitalisation commerciales du centre-ville.

Rollon Mouchel-Blaisot, Directeur du programme "Action cœur de ville"

à France 2

En attendant que la mesure entre en vigueur, à Laon, un autre hypermarché vient d’annoncer son intention de construire un nouveau bâtiment.  

Le JT
Les autres sujets du JT
Ces villes qui pleurent leur centre-ville mais ouvrent des grandes surfaces en périphérie
Ces villes qui pleurent leur centre-ville mais ouvrent des grandes surfaces en périphérie (FRANCE 2 / FRANCETV INFO)