Budget 2018 : "Le gouvernement favorise clairement les ménages les plus aisés"

Alors que l'exécutif a présenté mercredi son projet de budget pour 2018, l'économiste Mathieu Plane décrypte pour franceinfo les chiffres du quinquennat d'Emmanuel Macron.

Gérald Darmanin et Bruno Le Maire défendent le budget 2018 face à la presse, à l\'Assemblée nationale, le 27 septembre 2017. 
Gérald Darmanin et Bruno Le Maire défendent le budget 2018 face à la presse, à l'Assemblée nationale, le 27 septembre 2017.  (MAXPPP)

Le projet de loi de finances (PLF) 2018, présenté mercredi 27 septembre, comporte de nombreuses réformes fiscales, destinées à terme à réduire les prélèvements obligatoires de près de 10 milliards d'euros. Par ailleurs, le gouvernement table sur une baisse du déficit public. Ces réformes "bénéficieront à tous les Français sans exception", et non pas "aux plus riches", assure le ministre de l'Economie. "Nous avons voulu protéger les plus modestes, protéger les plus fragiles" en favorisant "le pouvoir d'achat", ajoute Bruno Le Maire.

Des affirmations mises en doute par Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Interrogé par franceinfo, il estime que ce budget constitue un "choc fiscal en faveur des gros patrimoines sans la garantie du financement de l'économie derrière".

Franceinfo : Que pensez-vous de la philosophie du premier budget du quinquennat d'Emmanuel Macron ?

Mathieu Plane : Ce n'est pas une surprise par rapport aux engagements de campagne d'Emmanuel Macron. Le budget présente des choix assez nets. Les marges de manœuvre sont utilisées principalement pour réduire la fiscalité du capital, et en particulier des hauts patrimoines financiers.

On constate que la fiscalité du patrimoine et du capital est très clairement réduite, et ce dès le 1er janvier 2018. En revanche, les mesures destinées à favoriser le pouvoir d'achat des classes moyennes ou des catégories plus défavorisées sont étalées sur l'ensemble du quinquennat. Donc forcément, ce budget peut sembler inégalitaire car il n'y a pas d'équilibre. Très clairement, il profite aux plus aisés. Mais cela ne signifie pas que ce sera le cas sur l'ensemble du quinquennat.

Par ailleurs, il faut noter que nous ne sommes pas dans une réduction du déficit à marche forcée, contrairement au début du quinquennat de François Hollande. Cela risque d'ailleurs d'entraîner une forme de rapport de force avec la Commission européenne, qui demande des efforts budgétaires globaux.

Qu'est-ce qui favorise les foyers plus aisés dans ce budget ?

Quelques centaines de milliers de ménages vont se partager pratiquement six milliards d'euros avec une réforme de la fiscalité du patrimoine financier, soit par le prélèvement forfaitaire unique, soit par la réforme de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Celui-ci deviendra l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) et ne s'appliquera plus qu'aux patrimoines immobiliers. Or, plus vous montez dans les niveaux de patrimoine, plus vous êtes riche et plus la part de l'immobilier est faible : le patrimoine y est essentiellement financier. Ce sont donc les très grosses fortunes qui profiteront de cette mesure.

D'un autre côté, on a aussi la suppression partielle de la taxe d'habitation, la baisse des cotisations salariales…

Il y a des mesures dites sociales, destinées à favoriser le pouvoir d'achat. Mais la suppression partielle de la taxe d'habitation s'échelonnera sur trois ans. En 2018, seule une tranche sera concernée, pour un coût de 3,5 milliards d'euros. En définitive, cela concernera tout de même 20 millions de ménages. Il y a aussi une revalorisation de la prime d'activité de 20 euros, dès le mois d'octobre. Cela ne représente qu'un quart de ce qui avait été promis, pour un coût budgétaire d'environ 150 millions d'euros. On voit qu'il y a une répartition sur le quinquennat de ces mesures, contrairement aux baisses d'impôts pour les plus favorisés, qui seront concrètes dès 2018.

Il y a aussi des mesures de réduction dans les dépenses publiques, comme la baisse des APL ou du nombre d'emplois aidés, qui sont des dispositifs profitant davantage aux classes modestes. Par ailleurs, les hausses de la fiscalité sur le tabac et écologique (essence, fioul...), que l'on peut parfaitement défendre du point de vue de la santé publique, touchent en premier lieu les foyers les plus modestes.

Le gouvernement estime qu'en taxant moins les foyers les plus riches, ceux-ci réinjecteront leur argent dans l'économie. Est-ce efficace ?

C'est un pari. C'est la théorie du ruissellement, qui consiste à dire qu'en favorisant les riches, cela va favoriser toute l'économie. Elle est assez contestée, y compris par le Fonds monétaire international ou l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Aujourd'hui, on n'a pas de problème de financement de l'économie en France.

Le manque de financements se concentre sur certains secteurs : les projets risqués ou innovants. Et ce n'est pas en réduisant la fiscalité des plus riches qu'ils vont se mettre à financer ce genre de projets. Il aurait plutôt fallu créer un mécanisme permettant de déduire de l'ISF certains financements d'entreprises innovantes ou qui prennent des risques, afin de les encourager.

En revanche, il est vrai que nous vivons dans un univers de concurrence fiscale assez sévère sur le patrimoine. Ce budget vise donc à rendre la France plus attractive. Potentiellement, cela peut être suivi d'effet.