Dieselgate : "L'État allemand protège jalousement" Volkswagen, un "fleuron" de son économie

Me Emmanuel Ludot, avocat d'une trentaine de parties civiles en France, réagit alors que trois juges français dénoncent le manque de coopération de la justice allemande dans l'enquête sur les tests antipollution truqués.

L\'usine Volswagen de Wolfsburg, en Allemagne.
L'usine Volswagen de Wolfsburg, en Allemagne. (ODD ANDERSEN / AFP)

Volkswagen est accusée d'avoir installé, depuis 2015, un logiciel dans les moteurs de 11 millions de ses véhicules pour truquer les résultats des tests antipollution.

Les trois juges français qui travaillent sur cette affaire se disent bloqués dans leur enquête. Dans une lettre adressée fin juillet à à la Chancellerie et révélée dimanche par Le Parisien, ils dénoncent notamment le manque de coopération de la justice allemande. Me Emmanuel Ludot, avocat d'une trentaine de parties civiles françaises, a estimé lundi 20 août sur franceinfo que "l'État allemand protège jalousement un fleuron de son économie". Selon lui, "l'État français a les moyens de débloquer les choses".

franceinfo : Vous vous attendiez à ce que la justice allemande ralentisse l'instruction, à en croire ces magistrats ?

Me Emmanuel Ludot : Je ne suis pas étonné que l'État allemand protège jalousement un fleuron de l'économie allemande. On protège Volkswagen autant que faire se peut et on n'entend peut-être pas participer activement à une vérité qui se ferait très dérangeante.

Les juges allemands ont infligé une amende d'un milliard d'euros à Volkswagen. Qu'est-ce qui pourrait désormais faire changer les choses en France ?

Les amendes, c'est bien gentil mais ce qui m'intéresse, c'est l'indemnisation de mes clients. Ils sont propriétaires d'un véhicule qu'ils ont payé de leurs deniers, ils remboursent des prêts, ces véhicules vieillissent, ils ne peuvent pas les échanger, ni les vendre étant donné qu'il y aurait un vice caché et ils ne sont toujours pas indemnisés. Les victimes attendent un débat devant un tribunal correctionnel, le plus rapidement possible, de façon à pouvoir présenter l'addition au cas par cas à Volkswagen, pour que l'entreprise assume ses responsabilités.

Le dossier évolue-t-il quand même un peu ?

Tous mes clients mettent leurs espoirs dans cette justice française qui doit fonctionner. Il est inadmissible qu'un État étranger puisse ralentir le cours de l'instruction en France. L'État français a les moyens de débloquer les choses. C'est facile, il suffit de rappeler courtoisement à l'ordre sur un plan diplomatique quelles sont les obligations d'un État qui est tout de même un État européen.