"Imaginer l'écologie par la taxe, ça ne fonctionne pas" : 40 millions d'automobilistes salue l'abandon des péages urbains

"Enfin une bonne nouvelle !" se réjouit le délégué général de l'association 40 Millions d'automobilistes, Pierre Chasseray.

Pierre Chasseray à Paris en 2013
Pierre Chasseray à Paris en 2013 (YANN FOREIX / MAXPPP)

"Imaginer l'écologie par la taxe, ça ne fonctionne pas. On va créer un divorce entre les Français et l'écologie", estime le délégué général de l'association 40 Millions d'automobilistes, Pierre Chasseray, invité de franceinfo dimanche 25 novembre, alors que le gouvernement a finalement décidé d'écarter la création de péages urbains de son projet de loi d'orientation des mobilités. "Le gouvernement recule, tant mieux. On est obligés de dire merci quand on nous fait un cadeau mais il s'agirait de prendre les mesures adéquates" ajoute Pierre Chasseray.

franceinfo : Est-ce que cet abandon des péages urbains est pour vous une bonne nouvelle ?

Pierre Chasseray : Oui, enfin une bonne nouvelle ! Mais c'est surtout l'impossibilité aujourd'hui du gouvernement d'annoncer une nouvelle mesure qui pèse sur les automobilistes. On a eu un combo de mesures depuis quelques années donc ça fait du bien mais c'est juste parce que l'État ne pouvait plus en rajouter par-dessus toutes les mesures prises depuis quelques années. Il faut se rendre à l'évidence, on ne pouvait pas demander 5 euros aux Français pour rentrer dans Paris ou 2,5 euros pour rentrer dans une grande ville. Ça ne se fait à l'étranger que dans certaines capitales, mais en France on voulait faire une usine à gaz encore plus monumentale. Pour rentrer dans Le Havre ou Le Mans il aurait fallu payer, donc imaginez la ségrégation sociale sur le prix de l'automobile.

Pas de péage, donc, mais les municipalités restreignent l'accès de leurs centres-villes aux automobiles les plus polluantes ?

On verra ce que ça donnera mais je mets en garde les élus qui prennent ces mesures car objectivement, ces élus disent qu'on n'a le droit de rouler que dans la voiture qu'ils ont choisie pour nous. Non, ça ne fonctionne pas comme ça. Quand les Français ont acheté leur voiture, on ne leur a pas dit qu'il y avait une date de péremption ou des zones dans lesquelles ils n'avaient pas le droit de circuler donc soyons un peu plus ouverts et retenons les leçons de ce qui se passe en ce moment. On ne peut pas tirer systématiquement à boulets rouges sur la même population. Il y a un moment où ça ne passe plus : entre les malus écologiques, les péages urbains, l'augmentation du prix du baril, le 80 km/h, l'augmentation du nombre de radars... Tout le monde y va de sa mesure et au bout d'un moment, la soupape lâche, c'est ce qui est en train de se passer. Donc oui, le gouvernement recule, tant mieux. On est obligés de dire merci quand on nous fait un cadeau mais il s'agirait de prendre les mesures adéquates parce que j'ai peur que le gouvernement soit très mal à l'aise sur ce conflit où il aurait fallu dès le début réagir à la demande de notre association de supprimer la taxe carbone. Si le gouvernement avait réagi directement à l'alerte que l'on avait lancée au départ, on n'en serait pas là aujourd'hui.

Ségolène Royal demande aujourd'hui au président de retirer cette réforme sur les taxes des carburants... Vous appréciez sa déclaration ?

On ne peut que soutenir. Nous sommes apolitiques donc parfois ceux qui étaient nos ennemis passés deviennent nos amis futurs. Il se trouve qu'objectivement, Ségolène Royal nous avait prêté main forte quand elle avait lancé un bras de fer contre les sociétés d'autoroutes et qu'elle voulait une baisse de 20% du prix des péages. Aujourd'hui, elle reste fidèle à cette écologie qu'elle ne souhaite pas punitive, et qui à mon avis est une belle vision de l'écologie. Parce qu'imaginer l'écologie par la taxe, ça ne fonctionne pas. On va créer un divorce entre les Français et l'écologie. L'écologie, ce n'est pas une taxe, il faut que ce soit un changement, un mode de pensée, tout le monde peut être écolo, il ne suffit pas d'être à la gauche de la gauche pour être écolo. C'est plus compliqué que ça. J'ai l'impression que miser sur la recherche et le développement c'est plus durable et plus intelligent.