TRIBUNE. "Face à un tel enjeu sanitaire, il faut agir" : des associations environnementales réclament des mesures urgentes contre la pollution de l'air

Plusieurs grandes associations environnementales demandent aux pouvoirs publics des mesures pour améliorer la "mobilité durable" et mettre fin au diesel et à l'essence en ville. 

Des manifestants lors d\'un rassemblement en défense de la qualité de l\'air, le 27 janvier 2019 à Lyon (Rhône).
Des manifestants lors d'un rassemblement en défense de la qualité de l'air, le 27 janvier 2019 à Lyon (Rhône). (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

Plusieurs associations environnementales, dont le WWF France ou Greenpeace France, pointent du doigt la responsabilité de l'Etat en matière de qualité de l'air et réclament des mesures ambitieuses face à un "tel enjeu sanitaire". Elles pointent notamment la "diéselisation du parc automobile" et un air "toxique" en France.


À l’occasion de la journée nationale de la qualité de l’air, la directrice générale du Réseau action climat, le directeur général d'Unicef France, la directrice générale de WWF France, le directeur général de Greenpeace France et le président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) appellent les pouvoirs publics, nationaux et locaux à agir avec ambition pour mieux protéger les enfants et les adultes de la pollution atmosphérique.

Des engagement pris mais insuffisants

Alors que les épisodes de pic de pollution dans les grandes villes sont de plus en plus fréquents, huit Français sur dix se déclarent sensibles ou très sensibles à l’environnement, et la pollution de l’air est une de leurs premières préoccupations. La qualité de l’air est devenue un sujet médiatique et politique. Que ce soit pendant l’examen de la loi d’orientation des mobilités ou en réponses aux actualités, des engagements ont été pris par les pouvoirs publics mais ne sont pas suffisants.

Aujourd’hui le constat n’est plus remis en cause. Les études scientifiques s’accumulent pour affirmer que la pollution de l’air a des effets très graves sur la santé, en particulier chez les enfants : asthme, allergies, dermatites, déficiences immunitaires, diabète, obésité, dépression... Les travaux publiés récemment par l'Anses le confirment une fois de plus. Les décisions de justice tombent, elles aussi : la responsabilité de l’Etat a été retenue pour carence fautive deux fois en l’espace de deux semaines. Et une décision de la Cour de justice de l’Union européenne, assortie le cas échéant d’amendes, est attendue prochainement. Face à un tel enjeu sanitaire, il faut agir, et au plus vite.

Trois enfants sur quatre respirent un air toxique

Alors que nous connaissons la source de cette pollution dans nos villes, force est de constater la lenteur avec laquelle les pouvoirs publics agissent. À l’échelle nationale, le secteur des transports émet 57% des émissions d’oxyde d’azote et 15% des émissions des particules fines (PM2,5). C’est notamment la conséquence de la "diésélisation" du parc automobile et des dépassements des normes anti-pollution. 9,8 millions de véhicules hérités du dieselgate circulent encore sur les routes françaises alors qu’ils émettent au moins deux fois plus que la norme Euro.

À Paris, 27% des établissements recevant des publics sensibles (écoles, crèches, hôpitaux) sont exposés régulièrement à des dépassements de seuils des normes européennes. À Marseille, une école sur deux serait concernée par des dépassements de normes (source Greenpeace). Résultat, en France, trois enfants sur quatre respirent un air toxique pour leur santé selon l’Organisation mondiale de la santé.

Amplifier des changements nécessaires

Une chose est certaine : nous ne pourrons pas améliorer la qualité de l’air durablement sans sortir de notre dépendance à la voiture et en particulier aux véhicules essence ou diesel. Nous ne pourrons pas offrir à nos enfants la possibilité de respirer un air plus pur, sans penser, promouvoir et mettre en œuvre les conditions pour un changement de mobilité pour tous. Alors que le défi climatique s’accélère chaque jour, nous devons saisir l’opportunité de repenser nos modes de vie urbains pour des villes plus durables et plus respirables.

Notre objectif n’est pas de blâmer, de punir ou de contraindre les citoyens, c’est pourquoi nous demandons aux pouvoirs publics de soutenir et d’amplifier ces changements nécessaires. Tout d’abord, il est crucial d’avoir de nouvelles données pour mieux connaître l’exposition de la population française, en particulier des jeunes populations, aux polluants et leur impact sur la santé.

Faire de la qualité de l'air une priorité

Au niveau national, des fonds doivent être débloqués pour encourager et soutenir les changements individuels : prime à l’achat de véhicules véritablement moins polluants et plus légers que les SUV, en priorité pour les ménages défavorisés, et d'autres moyens de déplacement comme le vélo. La hausse des fonds publics alloués au développement des transports en commun et du vélo permettra enfin des changements collectifs à grande échelle.

Au niveau local, les collectivités qui en ont les moyens devraient renforcer ces dispositifs individuels et réduire la place de la voiture. Les zones à faibles émissions, en particulier autour des écoles ou crèches, peuvent être un outil efficace d’amélioration de la qualité de l’air à condition d’être assez ambitieuses et assorties d’alternatives pour permettre à moyen terme la fin du diesel et de l'essence en ville. Les mesures commencent à porter leurs fruits à Grenoble, Paris, Madrid, Barcelone et ailleurs : leur mise en œuvre doit être accélérée ; c’est pourquoi nous appelons les candidats aux élections municipales à faire de la mobilité durable et de la qualité de l’air une priorité.

Les signataires : 

Sébastien Lyon, directeur général d'Unicef France ; Morgane Créach, directrice du Réseau Action Climat France, qui rassemble 22 associations nationales ; Bruno Gazeau, président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) ; Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France ; Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France