"Nous n’avons plus confiance" : la colère des salariés de l’usine Renault de Flins après l’arrestation de Carlos Ghosn

L'interpellation, au Japon, du bâtisseur de l'empire automobile Renault-Nissan-Mitsubishi Motors pour dissimulation de revenus suscite la colère des salariés de l'usine de Flins (Yvelines).

L\'entrée de l\'usine Renault de Flins (Yvelines), le 19 novembre 2018.
L'entrée de l'usine Renault de Flins (Yvelines), le 19 novembre 2018. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)

Les ouvriers les appellent les hachoirs. Ces tourniquets vers lesquels ils se pressent pour pointer et prendre leurs postes. Après avoir appris, lundi 19 novembre, l'arrestation de leur PDG Carlos Ghosn à Tokyo pour dissimulation de revenus, ils les ont passés dans une ambiance particulière. "Comme d’habitude, on est surpris de voir des gars bourrés d’oseille qui essaient de tricher pour faire encore plus d’oseille, lâche un salarié. Nous, on n’arrête pas de nous taper dessus en nous disant qu’il faut se serrer la ceinture pour faire tourner l’économie..."  

Rejoindre les gilets jaunes

Sur le parking, situé un peu plus loin, deux collègues fument une dernière cigarette dans leur voiture avant d’entrer dans l’usine pour une rotation de huit heures de travail sur les chaînes de montage. Bixente confie avoir des difficultés à finir le mois avec 1 700 euros. "On est obligés de venir travailler la nuit en laissant nos femmes et nos gamins à la maison, dit-il. Nous n’avons plus confiance en notre patron. C’était soit disant un homme droit. À la fin, on apprend qu’il est corrompu. On est désespérés", résume Karim. 

Ils se disent révoltés par cette affaire, par les disparités salariales et par la politique en général. Alors, le week-end prochain, ils envisagent de troquer leur bleu de travail pour un gilet jaune. "Ça donne envie d’y aller et d’écrire dessus 'Ghosn vs politique' car tous les deux nous la font à l’envers !", lance Bixente, qui, avant de franchir les grilles de l’usine, lève son majeur : "Si tu nous vois, Carlos…"

Le responsable CGT du site de Flins, Ali Kaya comprend ce geste de colère. "C’est choquant, explique-t-il, mais en même temps, nous ne sommes pas surpris car ce sont des gens qui nous ont volés, nous les travailleurs, avant le fisc. Ces gens ont une soif d’argent à un niveau dingue !"

Ce monsieur gagne 45 000 euros par jour, samedi et dimanche compris, et il n’en a pas assez ? Ces gens sont fous !Ali Kaya, délégué CGT de l'usine Renault de Flinsà franceinfo

Tous craignent désormais que l’accord entre Nissan et Renault soit remis en cause et qu’on leur enlève la production d’un des modèles de la marque japonaise, construit ici. Ceci aurait de graves conséquences pour les 5 000 salariés du site de Flins.