Interviewé depuis sa prison, Carlos Ghosn dénonce "une distorsion de la réalité pour détruire sa réputation"

Après deux mois d'incarcération pour des malversations financières, Carlos Ghosn, l’ex-PDG de Renault, a confié depuis sa prison son sentiment "d'injustice" et sa détermination à se battre pour rétablir sa réputation.

Carlos Ghosn en novembre 2018.
Carlos Ghosn en novembre 2018. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Deux mois après son incarcération pour des malversations financières présumées, l’ex-PDG de Renault-Nissan s'est confié lors d’une interview accordée à l’AFP et Les Echos (lien vers un contenu payant), la première à des médias non-japonais depuis son arrestation du 19 novembre. Depuis sa prison tokyoïte, il exprime son sentiment "d'injustice". "J'ai face à moi une armée chez Nissan, explique ainsi Carlos Ghosn, des centaines de personnes se consacrent à cette affaire. Au bureau du procureur, ils sont 70 à travailler sur le cas."

Moi, je suis en prison depuis 70 jours sans avoir accès à un téléphone ou à un ordinateur. Comment pourrais-je me défendre ? Il ne faut pas sous-estimer les conditions dans lesquelles je me trouve !Carlos GhosnAFP-"Les Echos"

"Depuis mon arrestation le 19 novembre, je me retrouve dans des conditions très sévères, s'insurge Carlos Ghosn, face à une armée de gens qui ne cessent de me jeter des horreurs à la tête. Il n'y a pas que les allégations du procureur, mais aussi celles de Nissan. Ils sortent énormément de faits de leur contexte. C'est une distorsion de la réalité pour détruire ma réputation."

"Je suis fatigué de tout ça"

Venu le rencontrer au parloir du centre de détention de Kosuge avec une journaliste de l'AFP, le journaliste des Echos et collaborateur de franceinfo Yann Rousseau le décrit comme "combatif", "plutôt en bonne santé". "Il n'avait pas ce côté affaibli, amaigri qu'il avait lors de son audience publique au début du mois, détaille le journaliste. "Il était très direct, il a fallu interrompre son flot de parole".

L'entrevue a duré une quinzaine de minutes, au parloir. Yann Rousseau décrit "une petite salle de 6 m2, avec un comptoir en inox, deux chaises d'un côté, et lui de l'autre avec deux gardiens, une énorme vitre avec une sorte d'hygiaphone". Vêtu d'un jogging noir en polaire et de sandales en plastique translucide, Carlos Ghosn est ainsi arrivé au parloir d'un pas décidé. "Je suis concentré, confie-t-il. Je veux me battre pour rétablir ma réputation et me défendre contre de fausses accusations. On m'a refusé la libération sous caution, ce ne serait normal dans aucune autre démocratie du monde." 

Carlos Ghosn a décrit ses conditions de détention, la lampe "toujours allumée", l'absence de montre et de notion du temps. "J'ai seulement 30 minutes par jour pour sortir sur le toit. L'air frais me manque tant. Oui je suis fort, mais je suis fatigué de tout ça", explique-t-il.

"C'est une affaire de trahison" 

Visé par trois inculpations pour abus de confiance et minoration de revenus aux autorités boursières sur la période 2010 à 2018, Carlos Ghosn rejette toute malversation. "On m'accuse de ne pas avoir déclaré des revenus que je n'ai jamais reçus ! J'ai déclaré le moindre yen que j'ai reçu", dit-il.

Ses deux demandes de libération sous caution ont été rejetées et il a depuis décidé d’organiser une contre-attaque médiatique : mercredi, on l’a ainsi vu s’attaquer aux dirigeants de Nissan dans les colonnes de Nikkei, un quotidien économique japonais, assurant que ces derniers ont voulu l’éliminer car il avait "le projet d'intégrer" Renault, Nissan et Mitsubishi Motors.

"Est-ce un complot, un piège ? Il n'y a aucun doute là-dessus, affirme-t-il à l'AFP et aux Echos. C'est une affaire de trahison. Et il y a plusieurs raisons à cela. Il y avait beaucoup d'opposition et d'anxiété sur le projet d'intégrer les compagnies [Nissan, Renault, Mitsubishi Motors]." Carlos Ghosn pourrait rester en prison jusqu'à son procès. Ce dernier pourrait n’avoir pas lieu avant des mois, selon son équipe de défense. L’ancien dirigeant risque jusqu'à quinze ans de prison.