Affaire Carlos Ghosn : trois questions sur la nouvelle arrestation de l'ancien PDG de Renault-Nissan

Le parquet soupçonne l'ancien magnat de l'automobile d'avoir transféré des fonds de Nissan, pour un total de 15 millions de dollars entre fin 2015 et mi-2018, à une société "de facto contrôlée par lui".

La voiture transportant Carlos Ghosn après son interpellation à son domicile, jeudi 4 avril 2019 à Tokyo (Japon).
La voiture transportant Carlos Ghosn après son interpellation à son domicile, jeudi 4 avril 2019 à Tokyo (Japon). (TOSHIFUMI KITAMURA / AFP)

Carlos Ghosn est une nouvelle fois en pleine tourmente. L'ancien patron de Renault, Nissan et Mitsubishi Motors a été interpellé jeudi 4 avril au matin à son domicile de Tokyo sur de nouveaux soupçons de malversations financières. Il avait été libéré sous caution il y a un mois à peine. Selon les informations de franceinfo, il va retourner en prison.

Sous l'œil des caméras, Carlos Ghosn a quitté son domicile à bord d'une voiture dont les fenêtres avaient été obstruées, avant d'être conduit vers les locaux du parquet en attente d'une éventuelle mise en examen.

Franceinfo revient sur les questions soulevées par cette nouvelle arrestation.

1Que lui reproche la justice ?

Déjà sous le coup de trois inculpations pour déclarations inexactes de revenus sur les années 2010 à 2018, dans des documents remis par Nissan aux autorités financières, et pour abus de confiance, Carlos Ghosn est désormais sous la menace d'une quatrième mise en examen.

Le parquet le soupçonne cette fois d'avoir transféré des fonds de Nissan, pour un total de 15 millions de dollars (13,35 millions d'euros) entre la fin 2015 et la mi-2018, à une société "de facto contrôlée par lui". Sur cette somme, 5 millions de dollars (4,45 millions d'euros) ont été détournés, a précisé le bureau des procureurs. "Le suspect a trahi sa fonction [de patron de Nissan] pour en tirer des bénéfices personnels", a souligné le parquet.

Selon une source proche du dossier citée par l'AFP, le procédé a débuté dès 2012, portant sur une somme totale de plus de 30 millions de dollars (26,69 millions d'euros) versée à un distributeur de véhicules Nissan à Oman, montant dont une partie serait revenue indirectement à Carlos Ghosn.

Les Echos retracent ces mouvements financiers évoqués par le parquet. Selon le quotidien, ces versements proviendraient de la "CEO Reserve" ("réserve du PDG" en français) de Nissan, "qui n'était normalement mobilisée que pour des dépenses à caractère exceptionnel". Ces sommes, théoriquement allouées au marketing, auraient ensuite été pour l'essentiel transférées vers une entreprise libanaise contrôlée par un ami de Carlos Ghosn, aujourd'hui décédé.

Selon le parquet, cette entreprise libanaise aurait fait l'aquisition en 2015 d'un yacht luxueux qui aurait ensuite été utilisé par Carlos Ghosn et ses proches. Cette société aurait en outre investi dans une start-up dirigée par le fils de l'ancien patron de Renault aux Etats-Unis.

2Comment Carlos Ghosn réagit-il ?

"Pourquoi venir m'arrêter alors que je n'entravais en rien la procédure en cours, sinon pour me briser ?" a lancé le magnat de l'automobile déchu dans un communiqué, probablement rédigé au préalable. Et d'ajouter : "Je suis innocent de toutes les accusations infondées portées contre moi et des faits qui me sont reprochés."

Cette arrestation "fait partie d'une nouvelle manœuvre de certains individus chez Nissan qui visent à m'empêcher de me défendre en manipulant les procureurs", a-t-il accusé, reprenant le thème du "complot" brandi dans de précédentes interviews accordées en prison.

"Je suis combatif, je suis innocent. C'est dur, il faut le savoir", a également réagi Carlos Ghosn lors d'un entretien réalisé avec TF1 peu de temps avant son arrestation. 

Dans cet entretien réalisé en vidéoconférence, Carlos Ghosn déplore être victime d'une entreprise de "démolition systématique" de la part de "quelques personnes à l'intérieur de Nissan", et lance un appel "au gouvernement français pour [se] défendre, pour préserver [ses] droits, en tant que citoyen pris dans un engrenage incroyable à l'étranger".

Son avocat Junichiro Hironaka s'est lui aussi insurgé contre les méthodes du parquet : "Nous ne comprenons pas pourquoi ils ont besoin de le placer en détention. (…) C'est extrêmement injuste." 

3Qu'est-ce qui l'attend désormais ?

Ce nouveau rebondissement dans un interminable feuilleton, qui s'est ouvert le 19 novembre avec l'arrestation surprise de celui qui était alors le tout-puissant PDG de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, intervient alors même qu'il avait entamé une contre-offensive médiatique. 

De façon impromptue, Carlos Ghosn avait annoncé mercredi qu'il s'exprimerait devant la presse le 11 avril. "Je me tiens prêt à dire la vérité à propos de ce qui se passe. Conférence de presse jeudi 11 avril", avait-il écrit dans un court message sur un compte Twitter certifié, qui, selon une porte-parole, est administré par ses avocats.

Selon les informations de franceinfo, le patron de 65 ans va désormais retourner en prison. La date de son procès au Japon n'a pas été fixée. Ses avocats ont déposé cette semaine une requête au tribunal pour que l'ex-patron soit jugé séparément de Nissan, qui, bien qu'étant aussi inculpé sur un des volets, "a pris depuis le début le parti des procureurs", selon l'un de ses avocats.

Le dirigeant franco-libano-brésilien espère être blanchi après avoir été dépouillé de la présidence des trois constructeurs qu'il avait unis et hissés au premier rang mondial, relève Le Monde.

Nissan, qui a encore une fois jeudi évoqué "des preuves substantielles d'un comportement ouvertement contraire à l'éthique", se prépare de son côté à tenir une assemblée générale extraordinaire d'actionnaires. Le mandat d'administrateur de Carlos Ghosn devrait y être révoqué, coupant tous ses liens avec l'entreprise qu'il a naguère sauvée de la faillite.