Grève des livreurs Deliveroo : un mouvement "très peu répandu et assez peu représentatif"

La nouvelle mobilisation des livreurs Deliveroo contre les nouveaux tarifs imposés par la plateforme est révélatrice d'un "flou total" autour du statut de ces travailleurs, selon le co-fondateur de l'Observatoire de l'ubérisation.

Les livreurs Deliveroo se mobilisent mercredi 7 juillet, pour la deuxième fois en une semaine, pour protester contre la nouvelle grille tarifaire.
Les livreurs Deliveroo se mobilisent mercredi 7 juillet, pour la deuxième fois en une semaine, pour protester contre la nouvelle grille tarifaire. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

"La grève [des livreurs Deliveroo] est assez peu représentative de la masse générale des livreurs", a estimé sur franceinfo Grégoire Leclercq. Le co-fondateur de l’Observatoire de l’ubérisation, également président de la fédération nationale des auto-entrepreneurs, a évoqué "peut-être 200, 300 ou 400" grévistes, alors qu'ils sont, d'après lui, 11 500 livreurs à travailler pour le compte de la plateforme Deliveroo en France. Les coursiers à vélo de la plateforme de livraison de repas à domicile britannique se mobilisent de nouveau mercredi 7 août dans plusieurs villes de France pour dénoncer la nouvelle tarification salariale.

franceinfo : Ce mouvement des livreurs est-il le signe que cette nouvelle économie, la flexibilité, a des limites ?

Grégoire Leclercq : Cela montre que cette économie, très florissante avec une croissance à deux chiffres depuis presque 10 ans, n’a pas trouvé son modèle économique. Elle n’a pas trouvé son modèle de rentabilité, son modèle de dialogue social et son équilibre entre le droit social français tel qu’il existe depuis 50 ans et cette nouvelle économie très flexible, qui fait appel – en particulier chez les livreurs – à des indépendants. Cette économie va devoir se structurer d’abord parce qu’elle n’est pas rentable.

On va assister dans les années qui viennent à une consolidation des acteurs, Deliveroo s’est rapproché d’Amazon, aux États-Unis il y a eu des grosses fusions entre deux grands acteurs du "food delivery". On voit bien que la masse critique, la taille, l’importance d’une plateforme de plus en plus multinationale et de plus en plus consolidée, joue dans la structuration du modèle. La deuxième raison, c’est que les acteurs sont obligés de se structurer, de s’organiser pour avoir, avec ces plateformes, une forme de négociation.

Chez Deliveroo, les décisions sont-elles unilatérales ?

Dans une entreprise plus classique, on aurait à faire à des salariés, on aurait une négociation annuelle qui est obligatoire dans le droit français. Le problème est que les plateformes ne relèvent pas du droit du travail, elles relèvent du droit du commerce, du droit fondamental de l’entreprise. Tout donneur d’ordres peut fixer les conditions générales de vente, d’utilisation, la tarification, le prix auquel il paiera son sous-traitant et ce de manière unilatérale. C’est un peu biaisé dans le modèle parce qu’en réalité, la plateforme l’impose à ses sous-traitants parce que ces sous-traitants ne sont pas en mesure de négocier, comme d’ailleurs des agriculteurs face à la grande distribution ou des sous-traitants de l’aéronautique face aux grands constructeurs d’avion. C’est toujours la même logique du rapport de force.

Les syndicats peuvent-ils trouver leur place dans ce modèle ?

Il est très difficile pour les syndicats traditionnels, de personnels ou patronaux, de trouver leur place dans cette économie. D’abord parce qu’elle est très nouvelle et que globalement, les syndicats vont quand même assez lentement dans cette compréhension des nouveaux acteurs et du nouveau phénomène économique. Ces indépendants, ces micro-entrepreneurs, ces auto-entrepreneurs que nous défendons depuis 10 ans, sont un peu des ovnis.

Ce ne sont ni vraiment des salariés, ni vraiment des patrons. Ils ne relèvent pas du Code du travail et des statuts de la plupart des syndicats de salariés qu’on connaît en France. Ils ne sont pas vraiment patrons non plus, puisque ce ne sont pas des entrepreneurs au sens de créateurs d’activités et d'employeurs, ils ne sont donc pas vraiment représentés par le Medef et la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). On est dans un flou total. Cela dit, les plateformes sont assez sensibles à la façon dont leurs décisions sont assumées et comprises par leur flotte : une plateforme sans flotte de livreurs ou sans flotte de VTC, c’est une plateforme qui ne tourne pas. Mais aujourd'hui, les gens qui vont faire grève vont peut-être être 200, 300 ou 400. Rien que Deliveroo en France, c’est 11 500 livreurs. La grève est encore très peu répandue et assez peu représentative de la masse générale des livreurs.