"C'est brutal ce qu'ils ont fait" : des dizaines de livreurs pour la plateforme Deliveroo ont manifesté à Paris contre leur nouvelle rémunération

Ils ont dénoncé les nouvelles conditions tarifaires qui leur sont imposées depuis le début de la semaine et qui conduisent, selon eux, à des baisses de revenus allant jusqu'à 30%.

Des livreurs Deliveroo, lors d\'une manifestation contre la baisse des tarifs, le 12 octobre 2018 à Paris.
Des livreurs Deliveroo, lors d'une manifestation contre la baisse des tarifs, le 12 octobre 2018 à Paris. (LEON TANGUY / MAXPPP)

"C'est brutal ce qu'ils ont fait" : Mamadou travaille pour la plateforme britannique Deliveroo depuis plus de trois ans, en complément de son emploi dans la sécurité. Il s'est rendu place de la République à Paris samedi 3 août, comme plusieurs dizaines de livreurs, pour protester contre leur nouvelle rémunération. Ils sont ensuite allés par petits groupes empêcher la livraison de repas dans plusieurs restaurants de la capitale, a constaté la journaliste de franceinfo sur place.

Des baisses de revenus jusqu'à 30%

Ces livreurs à vélo ou à scooter dénoncent les nouvelles conditions tarifaires qui leur sont imposées depuis le début de la semaine et qui conduisent, selon eux, à des baisses de revenus allant jusqu'à 30%. 

"En ce moment, il y a de moins en moins de commandes car la plupart de ceux qui commandent ont de l'argent et ils sont tous partis en vacances", explique Mamadou. "D'où la stratégie [de Deliveroo] de faire chaque année des planifications durant cette période creuse pour que, à la rentrée, la plupart des gens qui en ont ras le bol quittent le navire. Ensuite, ils ont une armada de personnes prêtes à travailler à leurs nouvelles conditions", continue-t-il.

Avant, j'y arrivais. Je rentrais dans mes frais. Mais ça ne vaut plus le coupÉdouard, livreur Deliverooà franceinfo

Édouard, livreur à vélo depuis trois ans et co-fondateur du Clap 75, le Collectif des livreurs autonomes de Paris, va dans le même sens : "Jusqu'ici, on était payés 5,75 euros la course, ça allait. Mais maintenant, ils essaient de pousser les livreurs à aller toujours plus loin, et comme je suis à vélo, ça m'intéresse pas d'aller prendre une course à une dizaine de kilomètres parce que le temps que je la fasse et que je revienne, je ne gagnerais que 6 ou 7 euros en une heure."

"Deliveroo veut s'aligner sur Uber"

Édouard arrivait jusqu'ici à gagner autour de 1 500 euros par mois pour 45 à 50 heures de travail. Mais avec la nouvelle tarification, il craint de ne plus réussir à joindre les deux bouts : "Si je reste dans ma zone et que j'enchaîne les petites courses, je peux avoir un meilleur chiffre d'affaires. Mais ces petits courses, aujourd'hui, sont baissées à deux euros, ou trois euros. Parce que Deliveroo veut s'aligner sur Uber et veut emmener les livreurs à aller plus loin."

"Ça ne vaut plus le coup, conclut-il. Parce qu'il y encore des charges sociales à payer là-dessus. C'est toujours sur un vélo, dehors quand il pleut ou quand il fait chaud, avec la pollution. Et comme les plateformes baissent votre rémunération, vous êtes obligés de travailler plus pour gagner au moins autant."