Grève des livreurs Deliveroo : un collectif parisien appelle les clients à "se mobiliser" en boycottant la plateforme

Jérôme Pimot, ancien coursier à vélo chez Deliveroo et membre fondateur du Collectif des livreurs autonomes de Paris s'est exprimé sur franceinfo mercredi, alors qu'un nouveau rassemblement est organisé mercredi soir.

Un livreur de Deliveroo. 
Un livreur de Deliveroo.  (GERARD JULIEN / AFP)

Les coursiers de la plateforme de livraison de repas à domicile Deliveroo se mobilisent mercredi 7 août contre la nouvelle tarification salariale de la plateforme. Ils menacent de faire grève dans plusieurs villes de France. "On invite les clients à se mobiliser avec un appel au boycott, en commandant sur d'autres plateformes", a lancé sur franceinfo Jérôme Pimot, ancien coursier à vélo chez Deliveroo, membre fondateur du Collectif des livreurs autonomes de Paris.

franceinfo : La revendication principale des livreurs est-elle salariale ?

Jérôme Pimot : Les choses ont bien changé depuis mon époque : j’étais payé aux alentours de 7,50 euros de l’heure, plus 4 euros la course. Maintenant, ils sont payés 2,60 euros la course, sans plus aucun tarif horaire. On aimerait que les tarifs soient clairs, qu’ils ne changent pas d’une année sur l’autre. C’est pour ça qu’il y a des manifestations tous les étés car Deliveroo change sa tarification et la tarification nous tombe du ciel à chaque course par un algorithme sans qu’il n’y ait aucune logique.

On a des longues courses qui nous sont payées un prix dérisoire et des courses qui jusqu’à présent étaient payées à un tarif minimum d’environ 5 euros et qui maintenant ont disparu et on se retrouve avec des courses à 2 euros. Le problème, c’est qu’on est sur du chiffre d’affaires, donc il faut se payer avec ça, sans les protections sociales. On nous oblige à avoir ce statut bâtard d’auto-entrepreneur qui fait de nous des salariés déguisés sur ces plateformes-là.

Est-ce que la mobilisation fonctionne ?

Ce qu’on a compris depuis plusieurs années, c’est qu’on est des salariés jetables, mais la loi El Khomri [relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels] est venue un petit peu nous protéger, même si ce n’était pas forcément son but au départ. Il a fallu la réformer et donc maintenant on a le droit de faire grève, de se syndiquer. Ça aide parce que les livreurs ont pris l’habitude, grâce à leur téléphone, entre deux courses, de discuter les uns les autres sur les réseaux sociaux. Ils se sont fédérés comme ça.

Ce mercredi soir, on va faire grève, on va bloquer les restaurants de façon à ce qu’ils éteignent leurs tablettes sur lesquelles ils reçoivent les commandes. Ça ne dérange pas trop les restaurants, car ils commencent à voir de plus en plus que Deliveroo siphonne leurs données pour ensuite faire fabriquer ces repas dans ses cuisines. En plus, les livraisons créent une espèce de flux en cuisine qui déborde tout le monde.

Qui sont vos interlocuteurs à Deliveroo, y a-t-il du dialogue social ?

Non, justement il n’y a pas de dialogue social, c’est tout l’enjeu notamment de la loi Lom [loi Mobilités] d’essayer de créer ça. Aurélien Taché [député LREM du Val-d'Oise] avait proposé un amendement pour construire le dialogue social, mais pour l’instant c’est reporté aux calanques grecques par Elisabeth Borne, la ministre des Transports et Bérangère Couillard la rapporteure de la loi. Il faut construire ce dialogue social parce que pour l’instant, Deliveroo a beau jeu de faire la sourde oreille et de ne pas nous écouter. J’appelle Aurélien Taché, député LREM, Olivier Jacquin, sénateur socialiste [de Meurthe-et-Moselle], à essayer d’interpeler cette plateforme-là parce que visiblement, les livreurs n’y arrivent pas.

Pour l'instant, chez Deliveroo, ils prennent quelques livreurs souvent assez dépendants d’eux et ils discutent, mais c’est un dialogue de sourd, c’est unilatéral. Il y a des menaces déguisées : quand on est dans une réunion avec Deliveroo, ils nous mettent la pression. À Marseille, ils étaient descendus à la suite d'un mouvement de grève en 2017, ils ont mis la pression aux gars. Ils disent qu’ils vont recruter en masse si les grèves continuent. Les mouvements s’essoufflent comme ça. Mais là, tout a été fait en même temps partout en France : des villes comme Toulouse et Nice, Bordeaux et Nantes se sont mobilisées. On voit bien que c’est un feu de brousse qui se répand comme une trainée de poudre. Même à l’étranger, il y a ça. On invite les clients à se mobiliser avec un appel au boycott à partir de maintenant jusqu’à la tenue de pourparlers officiels. Ils peuvent se mobiliser en commandant chez Just Eat, Uber Eats.