Réacteur d’un Boeing 777 en feu : “Ça aurait pu être un moteur présent sur un Airbus” explique un ancien aviateur militaire

Le problème survenu sur un réacteur de Boeing 777 à Denver le 20 février n'est pas le fait du constructeur, assure l’ancien aviateur Xavier Tytelman.

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Une pièce du Boeing 777 dont le réacteur a pris feu peu après avoir quitté Denver (Colorado) le 20 février 2021. (MICHAEL CIAGLO / AFP)

"C'est l'avionneur qui ramasse, qui est visible, parce que c'est le nom Boeing. Mais en réalité, c'est le motoriste qui a un problème”, a expliqué l’ancien aviateur Xavier Tytelman, après que Boeing a décidé d’immobiliser 128 avions en raison d’un incident de vol sur l’un d’entre eux.

franceinfo : Peut-on dire que Boeing traverse une crise sans précédent ? On est au-delà de la série noire, non ?

C'est surtout qu'il n'a pas de chance. Parce qu'en l'occurrence, sur ce dernier évènement, ce n'est pas sa faute. C'est l'avionneur qui ramasse, qui est visible, parce que c'est le nom Boeing. Mais en réalité, c'est le motoriste qui a un problème. On est sur un Pratt & Whitney. Ça aurait pu être un moteur présent sur un Airbus également. Il n'y a pas de problème avec les Boeing 777 sur la marque General Electrics, par exemple, ceux qui équipent Air France. Donc la couverture médiatique, la série noire, est visiblement sur l'avionneur Boeing, alors qu'en réalité, ce n'est pas lui qui est en faute dans ce dernier événement. Il y a différents cas, les uns après les autres : sur le 737 Max notamment, on en a beaucoup parlé. Là, évidemment, il y a des erreurs qui ont été commises lors de la conception de l'avion. Elles sont maintenant réparées et les autres ne sont pas imputables à Boeing. Malheureusement, c'est quand même eux qui sont sous le feu des projecteurs.

C’est la faute à pas de chance alors ?

Il se trouve que là, c'est réellement la faute à pas de chance parce que ce motoriste a fourni des systèmes qui étaient malencontreusement mal conçus, avec des systèmes qui n'étaient pas vérifiés. Et notamment, on voit que les Etats-Unis, sur ce point, sont également en tort puisqu'on n'a pas les mêmes rythmes de maintenance et de vérification des systèmes aux Etats-Unis et en Europe. On a vu un cas un peu similaire il y a trois ans. En février 2018, le même avion, le même type de moteur avait eu le même problème. À priori ils n'avaient pas pris les mesures nécessaires pour corriger ce défaut pour qu'il ne puisse plus survenir. On a eu la même chose avec un 737 NG qui avait eu une explosion de moteur de la même manière et à l'époque, on s'était rendu compte qu'aux Etats-Unis, le rythme de maintenance était plus faible qu'en Europe pour la vérification des moteurs. Donc, aujourd'hui, il faut aussi remettre en cause la façon de maintenir les moteurs et de les suivre.

Quelles pourraient être tout de même les conséquences pour Boeing ?

Très clairement, le 737 Max Boeing a fauté. Boeing a conçu un avion qui était défaillant, les autorités de sécurité américaines n'ont pas vérifié, n'ont pas compris qu'il y avait un problème à ce moment-là. Tout a été fait pour corriger. Mais évidemment, Boeing est dans une passe noire parce qu’il y a des coûts, parce que ça coûte des milliards et on a des dizaines de milliards d'euros de pertes. Les pertes de Boeing sont quasiment 10 fois plus élevées que celles d'Airbus sur l'année dernière parce qu'il y a énormément de remboursements à faire, des annulations de commandes. Aujourd'hui, pour faire simple, la communauté aéronautique professionnelle ne se pose pas de questions sur la capacité de Boeing à assurer la sécurité et à produire des avions qui soient fiables. Mais d'un point de vue grand public, on a une répétition qui est aussi liée au fait que Boeing soit un avionneur qui est plus ancien : les Boeing 737 ont commencé à être livrés dans les années 60. A l'époque, Airbus n'existait même pas. Et ces très vieux avions qui sont parfois mal maintenus continuent à voler dans des conditions précaires dans des pays qui sont sur liste noire et font qu'on a régulièrement des accidents de Boeing qui donnent l'impression que c'est la faute de Boeing, alors qu'en réalité, c'est aussi des avions qui sont mal maintenus et très vieux. Cela ne peut pas arriver à Airbus puisque la flotte d'Airbus est plus jeune et plus récente.

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