Comment la France a réussi à vendre ses Rafale au Qatar

François Hollande a assisté à la signature de cet important contrat à Doha. 

Un Rafale vole au-dessus de Mérignac (Gironde) lors d\'une démonstration, le 4 mars 2015.
Un Rafale vole au-dessus de Mérignac (Gironde) lors d'une démonstration, le 4 mars 2015. (REGIS DUVIGNAU / REUTERS)

C'est un contrat à 6,3 milliards d'euros. La vente officielle de 24 Rafale au Qatar a été signée, en présence de François Hollande, lundi 4 mai à Doha. Arrivé dans la matinée, le président français devait aussi s'entretenir avec l'émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, pour évoquer les multiples crises qui secouent la région.

A Doha, deux contrats distincts devaient être paraphés par le Qatar et la France. Le premier, conclu par l'Etat du Qatar avec le constructeur Dassault et le fabricant de missiles MBDA, officialise la vente de 24 Rafale au petit émirat gazier. Le second, confidentiel, est un accord intergouvernemental portant sur la formation de 36 pilotes et d'une centaine de mécaniciens.

Francetv info revient sur les conditions qui ont permis à la France de vendre ses avions aux Qataris. 

Jean-Yves Le Drian en atout charme

Le contrat signé est le fruit d'un long travail de négociation de plus de deux ans, explique Le Parisien (accès abonnés). Les discussions ont en effet commencé en 2012, peu après l'arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement français. Dès août 2012, des entretiens ont eu lieu avec les dirigeants qataris, à la tête d'un pays désireux de renouveler sa flotte.

Le quotidien raconte comment l'attitude du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a permis de faire pencher la balance en faveur des avions français. Il faut dire que ce dernier s'est investi pleinement dans le dossier, se liant avec son homologue qatari, le général Hamid bin Ali Al-Attiyah.

Pour le convaincre, Jean-Yves Le Drian n'a pas hésité à sortir le grand jeu : invitation à bord d'un Falcon escorté par deux Rafale, visites dans la ferme du général, discussions sur le foot ou négociations autour d'un chameau rôti. La relation paie. "Lorsque les acteurs sont en confiance, ils peuvent évoquer les problèmes franchement et les régler plus vite", explique un spécialiste français des exportations au Parisien. En octobre 2014, après une dizaine de déplacements et des heures de négociations, le général confie au ministre français : "On va prendre tes avions." 

Davantage de vols en France pour Qatar Airways

Si l'engagement de Jean-Yves Le Drian a sans doute facilité les discussions avec le Qatar, il semblerait surtout que Paris ait dû lâcher sur certaines conditions posées par les Qataris. Et notamment sur les droits de trafic pour Qatar Airways vers la France, expliquent Les Echos

Doha réclamait en effet davantage de vols que son quota de 21 vols hebdomadaires et souhaitait "pouvoir desservir la province en direct, en plus de Paris". Selon le quotidien économique, le Qatar a finalement obtenu gain de cause. La semaine passée, François Hollande a annoncé à l'émir qu'il autorisait la compagnie qatarie à atterrir et décoller à Lyon et Nice, "plusieurs fois par semaine"

Cette décision ne devrait guère enchanter Air France, qui pousse pour que l'Etat n'accorde plus de nouveaux droits aux compagnies du Golfe, note La Tribune.fr. Le PDG d'Air France dénonce ainsi une concurrence déloyale, soulignant que ces compagnies paient très peu de redevances aéroportuaires dans leurs pays. Or, en concédant davantage de vols à Qatar Airways, l'Etat français risque d'avoir du mal à résister aux mêmes demandes pressantes des compagnies des Emirats, telles qu'Emirates ou Etihad Airways.