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A Reims, la navette gratuite d'Ikea se heurte à l'opposition des transports en commun de la ville

L'enseigne suédoise a mis en place un service au début de l'année pour permettre à ses clients de se rendre dans son magasin. Mais ce moyen d'aller "chercher de la croissance" n'est pas du goût de tous.

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France Télévisions
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Le magasin Ikea de Thillois, en banlieue de Reims (Marne), le 7 novembre 2013.  (MAXPPP)

Une navette nommée discorde. A Reims (Marne), Ikea a mis en place un bus gratuit au début de l'année pour transporter ses clients depuis le centre-ville jusqu'à son magasin située en banlieue, à Thillois. C'était sans compter la colère de la CGT des transports urbains de la ville, qui dénonce une "concurrence déloyale" et a récemment manifesté devant l'enseigne d'ameublement. 

Selon France 3 Champagne-Ardennes, la préfecture de la Marne a donné raison au syndicat, demandant à la firme suédoise de renoncer à sa navette tant qu'elle n'avait pas reçu d'autorisation de la part du syndicat mixte de transports suburbains (Manageo), qui gère la zone desservie.

"On a le droit d'aller chercher de la croissance"

La députée des Républicains Catherine Vautrin, qui siège à Manageo, prévient d'ores et déjà qu'elle votera contre cette autorisation, si elle est sollicitée par Ikea : "Nous finançons les transports urbains à hauteur de 20 millions d'euros. Un bus public dessert Ikea toutes les demi-heures. Leur navette, c'est clairement de la concurrence", explique-t-elle à francetv info.

"Il faut 45-50 minutes pour venir du centre-ville avec un bus public, contre une dizaine de minutes avec notre service", rétorque le directeur du magasin, Paul Magnan. "Et puis sur quelles bases juridiques arrêterait-on une activité légale ?, poursuit-il. Nous avons loué les services d'une société de transport privée. Cette société a pour clients, par exemple, les maisons de champagne de la région. Elle n'a jamais été inquiétée pour cela." Et de conclure : "Il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures. On a le droit d'aller chercher de la croissance, comme n'importe quelle entreprise privée."

Une "dérive" de la loi Macron, selon la CGT

Sauf que, selon Catherine Vautrin, la navette Ikea s'apparente à un service VTC dont elle ne respecterait pas les règles. "Un VTC peut venir chercher des gens dont il connaît le nom, plaide-t-elle. Là, c'est ouvert à n'importe qui." Jérôme Briot, délégué CGT des transports urbains de Reims, abonde : "Les sociétés de champagne transportent des clients identifiés depuis un hôtel. La navette Ikea transporte n'importe quel public désireux de se rendre dans la zone, pour y consommer, voire même y travailler puisque le service est ouvert de 10 heures à 21 heures."

Le syndicaliste voit dans cette navette "la dérive" de la libéralisation des transports, rendue possible par la loi Macron. Cela fait poutant plusieurs années qu'Ikea expérimente ces navettes gratuites, à Strasbourg (Bas-Rhin) et en région parisienne, à Thiais et Villiers-sur-Marne, dans le Val-de-Marne.

"Je trouve qu'on fait grand cas d'une voiture", estime Paul Magnan, qui a mis en place ce service dans la capitale alsacienne il y a huit ans. "La navette est passée de 25 000 passagers la première année à 140 000 huit ans après. Il y a une vraie demande", constate-t-il. 

Pas de vagues à Strasbourg ni en Ile-de-France 

A Strasbourg, la mise en place de ce bus gratuit n'a pas fait de vagues. Et pour cause. "Il n'existait pas de desserte publique en parallèle car ce n'était pas rentable", explique la Compagnie des transports strasbourgeois à francetv info. La navette Ikea ne concurrence donc pas le réseau de bus ou de tram. Au contraire. "Elle prend son départ place de la Rotonde, un lieu de passage important et connecté à de nombreux arrêts de bus. Les gens qui prennent la navette profitent aussi du réseau de transports", indique la CTS.

En Ile-de-France, le Stif n'a pas jugé que ce "transport privé et gratuit", qui relève "d'un régime juridique particulier datant de 1987", portait atteinte aux transports en commun publics et tarifés qui desservent les magasins Ikea de Thiais et Villiers-sur-Marne. 

A Reims, le patron d'Ikea prépare sa réponse à la préfecture, assisté d'un "conseil juridique". Paul Magnan espère bien pouvoir conserver sa navette, qui a "bénéficié à 1 000  personnes depuis le 4 janvier"

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