Cinq organes transplantés en même temps sur un patient

Il s'agit d'une première sur un adulte en France. L'homme, âgé de 26 ans, souffrait d'une myopathie digestive. 

L\'hôpital Beaujon à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) le 18 mars 2010. 
L'hôpital Beaujon à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) le 18 mars 2010.  (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

L'intervention a nécessité quatre chirurgiens et quatre anesthésistes et a duré douze heures au total. La première transplantation simultanée de cinq organes digestifs chez un adulte en France a été réalisée avec succès lundi 17 décembre à l'hôpital Beaujon (AP-HP) à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine). C'est ce qu'ont rapporté les équipes médicales impliquées vendredi 22 décembre.

Mise au point aux Etats-Unis, la transplantation simultanée de cinq organes digestifs est déjà pratiquée dans plusieurs pays, dont l'Italie. Elle est également pratiquée en France sur des enfants atteints de maladies congénitales avec troubles moteurs de l'intestin, notamment à l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris, où 10 à 15 transplantations de ce type ont déjà eu lieu.

Cette fois-ci, la transplantation multiviscérale a été réalisée sur un jeune homme de 26 ans qui souffrait d'une myopathie digestive, une maladie congénitale rare touchant les muscles de son tube digestif et l'empêchant de se nourrir normalement. Les équipes chirurgicales du Pr Jacques Belghiti et du Pr Yves Panis ont réussi à greffer simultanément le foie, le pancréas, l'estomac, le duodénum et l'intestin grêle.

"Je voudrais manger un bifteck"

"Le patient était sous nutrition parentérale (par voie intraveineuse) depuis des années et ses veines étaient complètement thrombosées [bouchées, NDRL], il était vital de le transplanter", a expliqué le Pr Jacques Belghiti au cours d'une conférence de presse. Pour lui permettre une alimentation orale, la greffe devait inclure l'estomac et le duodénum. Selon Le Parisien, les premiers mots du jeune homme ont été : "Je voudrais manger un bifteck".

Les chirurgiens lui ont laissé la rate pour améliorer la tolérance immunologique à haut risque de cette greffe. Selon le Dr Olivier Corcos, le risque de rejet est particulièrement élevé pour la transplantation intestinale, de l'ordre de 80%, et il aboutit dans 30% des cas à la perte du greffon. Mais le patient avait fait l'objet d'une préparation spécifique avant l'intervention. Quatre jours après, il se porte bien. "Si tout va bien", il devrait à nouveau pouvoir s'alimenter par voie orale à la fin janvier et peut-être quitter l'hôpital à la fin mars.