Pourquoi la réforme du baccalauréat inquiète certains profs

Les professeurs de sciences, notamment, redoutent de voir leur nombre d'heures diminuer avec la réforme de l'examen phare de la fin du secondaire, annoncée mercredi 14 février.

Epreuve de philosophie, au baccalauréat 2017, au lycée Henri-IV à Paris, le 15 juin 2017.
Epreuve de philosophie, au baccalauréat 2017, au lycée Henri-IV à Paris, le 15 juin 2017. (MAXPPP)
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Le bac nouvelle formule ne réjouit pas tout le monde. Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, présente, mercredi 14 février, sa réforme de cet examen emblématique. Quatre épreuves écrites et un grand oral, un contrôle continu renforcé et une formation plus "personnalisée" : tel est le visage du futur baccalauréat. L'enjeu de cette réforme est majeur alors qu'est en même temps menée celle de l'accès à l'université. Si une intersyndicale opposée à ces deux chantiers peine à mobiliser, certains enseignants sont tout de même inquiets.

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Vers plus d'inégalités ?

Moins d'épreuves et plus de contrôle continu. Le baccalauréat devrait devenir "plus sécurisant pour les élèves", selon Stéphane Crochet, secrétaire général du Syndicat des enseignants-Unsa (SE-Unsa), interrogé par franceinfo. Mais il risque aussi de creuser les inégalités, déjà très fortes, entre élèves. La France est en effet déjà "championne" des inégalités scolaires, et cela pourrait empirer. Car les épreuves nationales existantes ont au moins le mérite d'évaluer tous les élèves sur les mêmes sujets, quand le contrôle continu dépend plus des enseignants, des établissements et de leur environnement.

"Le diplôme obtenu en Seine-Saint-Denis ouvrira-t-il les mêmes portes que celui obtenu à Henri-IV ?", s'interroge Alternatives économiques"Partout où cela a été mis en place, on a observé un creusement des inégalités", affirme à franceinfo Claire Guéville, professeure d'histoire-géographie en lycée et secrétaire nationale du syndicat Snes-FSU. "L'offre de formation est différente selon les établissements, et l'organisation même des épreuves varie d'un établissement à l'autre", alerte-t-elle.

Interrogé par franceinfo, Gabriel Attal, chef de file LREM à la commission des affaires culturelles et de l'éducation, veut au contraire croire que "tout le monde sera remis sur un pied d'égalité", avec "des espèces d'examens blancs", "des critères nationaux", "un anonymat".

Les sciences lésées ?

Fini les séries S, ES et L. Elles seront remplacées par un "tronc commun" de 16 heures de cours hebdomadaires : français, philosophie, histoire-géographie, deux langues vivantes et éducation physique et sportive (EPS). Ni mathématiques, ni sciences de la vie et de la Terre (SVT), ni physique-chimie dans le tronc commun ? Ces matières devraient être remplacées par un nouvel enseignement baptisé "humanités numériques et scientifiques", également inclus dans le tronc commun en première et terminale. "Qui enseignera ces cours ?", s'interroge Jean-Rémi Girard, du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), auprès de l'AFP.

"On voit venir gros comme une maison un bloc de trois heures que l'on devra répartir" entre la SVT et la physique-chimie, s'inquiète Vincent Parbelle, président de l’Union des professeurs de physique et de chimie (UdPPC), dans Le Monde. Les profs interrogés par le quotidien, craignent que ce bloc de sciences puisse "cacher une réduction des heures de physique-chimie et de SVT".

Ils s'inquiètent tant sur les connaissances communes que sur l'enseignement pour les futurs spécialistes, à cause des "couples de spécialités" que les élèves devront choisir en terminale. Si les "couples" sont imposés tels qu'ils sont prévus dans le rapport Mathiot sur la réforme du bac, remis à Jean-Michel Blanquer, un seul binôme comprend la SVT, associée à la physique. Les enseignants réclament la possibilité d'assembler SVT et mathématiques. "En prépa biologie par exemple, les élèves sont recrutés sur leur niveau en maths, il faut donc assurer ces deux matières au même niveau", commente Serge Lacassie, président de l’Association des professeurs de biologie et de géologie, dans Le Monde. Du côté des sciences humaines aussi, certains estiment que "la sanctuarisation de quelques matières se fait au détriment des autres" et craignent que le nombre d'heures d'enseignement soit raboté.

La philosophie, fausse gagnante ?

La philo entre dans ce "tronc commun" et restera une épreuve obligatoire au baccalauréat, passée fin juin, après l'année de terminale. Avec le nouveau grand oral, elle est d'ailleurs la seule épreuve maintenue si tard dans la scolarité. Le rapport Mathiot propose que "le poids de la philosophie dans le total du baccalauréat soit de 10% pour tous les candidats". Une revalorisation de la philo ? Pas si vite.

"En réalité, les calculs d’apothicaire révèlent que le poids de la note à l’épreuve de philosophie doit être relativisé", explique Thomas Schauder, professeur de philosphie, dans Le Monde. A la fin de l'année de terminale, selon le projet de réforme, les lycéens ont déjà la grande majorité de leur note. Surtout "les procédures d'orientation [seront] terminées", rappelle l'enseignant. Les "10%" sont donc mathématiques, mais ne pèsent pas grand chose dans l'avenir des élèves.

"Si l'on voulait réellement revaloriser la philosophie, il faudrait augmenter le nombre d’heures, diviser les classes en groupes plus petits, ou encore enseigner la philosophie avant la terminale", poursuit Thomas Schauder. Mais il n'en est pas question dans la réforme annoncée et "le nombre de postes aux concours a diminué de 20% cette année", rappelle-t-il.