"Mes enfants vont entrer en seconde, c’est pour mieux les aider s'ils ont besoin" : qui sont ces adultes qui vont passer le bac ?

À trois semaines de la première épreuve écrite du baccalauréat, de nombreux adultes planchent une dernière fois. Ils ont entre 20 et 65 ans et se sont préparés toute l'année grâce à des cours du soir.

Examen du baccalauréat au lycée Victor Hugo le 18 juin 2012 (illustration).
Examen du baccalauréat au lycée Victor Hugo le 18 juin 2012 (illustration). (FRANÇOIS DESTOC / MAXPPP)

Ce soir, dans la salle de classe, c'est cours de philosophie : au programme, pour ces terminales assis autour de la table en forme de U, l'analyse d'un texte de Kant. Les élèves planchent sur le mouvement des Lumières. Comme de nombreux autres adultes qui ont échoué au baccalauréat ou qui n'ont jamais passé l'épreuve, ces élèves un peu à part ont révisé toute l'année grâce à des cours du soir.

Des motivations différentes

La plus jeune des élèves a 21 ans, le plus âgé 65. Tous les soirs, de 18 à 22 heures, ils assistent à ces cours du soir. Au programme : maths, philo, littérature, SVT. "Nous sommes entre adultes, nous nous comprenons rapidement, explique Khodayar Fotouhi, le professeur de philosophie. C’est un public qui a choisi de préparer le baccalauréat, ce n’est pas quelque chose qui est imposé de l’extérieur. Cela rend les choses plus faciles." 

La plupart de ces candidats n'ont jamais passé le bac. "J’ai décidé de reprendre les études car mes enfants vont entrer en seconde l’année prochaine, indique l’un d'eux. "C’est pour mieux les comprendre si jamais ils ont besoin d’aide", poursuit-il. "Professionnellement, quand on dit qu’on n’a pas le bac, on nous prend pour des demeurés", ajoute une autre. Enfin, un troisième élève, plus âgé, confie qu’il veut se prouver quelque chose et faire, "pour une fois", quelque chose "qui lui plaît".

S'adapter aux nouveaux programmes

Les élèves sont maintenant fin prêts pour la première épreuve, celle de philosophie. Mais ce n'est pas celle que redoute le plus Benjamin, qui se présente à nouveau à l'examen dans l'idée d'intégrer une classe préparatoire en biologie. "En terminale S, explique ce Parisien, on a certaines parties de programmes qui ne sont pas faciles à assimiler. Surtout quand, comme moi, on n’en a pas fait depuis 28 ans. Par exemple, la partie statistiques est beaucoup plus fournie qu’avant."

Il n'est pas forcément facile pour la vingtaine d'élèves de reprendre des études, dix, vingt, parfois quarante ans après les avoir abandonnées. "C’est vrai qu’au début de l’année, j’étais en stress. J’allais en cours sous tension, mais je n’ai pas lâché parce que je le voulais, et finalement le corps s’habitue", raconte Morgane.

"On s’entraide grâce à WhatsApp"

Entre eux, les élèves se soutiennent, et après les cours les révisions continuent. "Pour les oraux, on s’entraide grâce à WhatsApp, poursuit Maria, 47 ans. Si on n’a pas la possibilité d’aller en cours, on s’enregistre. Par exemple, une de mes camarades a enregistré son oral d’espagnol et me l’a envoyé. Comme j’ai un bon niveau, je lui dis si c’est bien prononcé, ou si les accords ne sont pas bons."

Chaque année, environ 60% des élèves du cours du soir décrochent le diplôme, c'est un peu moins que la moyenne nationale. L'année dernière, 88% des élèves ont obtenu le précieux diplôme.

Avant de passer le bac, des adultes révisent grâce aux cours du soir - reportage Sarah Cozzolino
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