Afrique du Sud : des lionceaux conçus par insémination artificielle pour la première fois

L'heureux événement a concrétisé dix-huit mois d'essais scientifiques intensifs. La population mondiale des lions a chuté de 43% depuis vingt ans.

Deux petits lionceaux, Victor et Isabel, sont nés à Pretoria, en Afrique du sud, le 14 septembre 2018, après une insémination artificielle.
Deux petits lionceaux, Victor et Isabel, sont nés à Pretoria, en Afrique du sud, le 14 septembre 2018, après une insémination artificielle. (PHILL MAGAKOE / AFP)

Même à les observer de près, rien ne distingue des autres les deux lionceaux qui se mordillent en grognant joyeusement dans leur enclos de la banlieue de Pretoria, en Afrique du Sud. Pourtant, ces nouveaux-nés sont totalement uniques. "Ils sont les tout premiers lionceaux conçus par insémination artificielle, les premiers au monde", ont annoncé fièrement leurs "parents", des chercheurs à l'université de la capitale sud-africaine.

Les deux petits lionceaux-éprouvette – une femelle baptisée Isabel et un mâle nommé Victor – sont nés le 25 août et se portent à merveille, assure Andre Ganswindt, le directeur de l'Institut de recherche sur les mammifères de Pretoria. L'heureux événement a concrétisé dix-huit mois d'essais scientifiques intensifs. "Nous avons collecté le sperme d'un lion en bonne santé" puis inséminé la lionne, explique Andre Ganswindt. "Par chance, ça a marché, s'étonne-t-il encore, nous avons procédé à plusieurs tentatives mais, à ma grande surprise, cela ne nous a pas pris trop de temps pour réussir".

La population de lions a chuté de 43% en vingt ans

La tâche n'était pourtant pas aisée. "Les femelles ont été habituées à donner, sans anesthésie, des échantillons sanguins et des tests cytologiques de façon à déterminer les étapes de leur cycle d'ovulation", explique une chercheuse. La fécondation elle-même a été menée dans un laboratoire spécialisé d'Ukutula, dans la province sud-africaine du Nord-Ouest. Andre Ganswindt espère désormais répéter au plus vite la manipulation. Si son efficacité est confirmée, cette technique pourrait être utilisée par d'autres équipes pour renouveler l'espèce à des endroits où elle est menacée, s'enthousiasme le chercheur.

Les défenseurs de la faune tempèrent toutefois cet enthousiasme. "Si nous sommes favorables aux stratégies de protection in situ en cas de danger pour une espèce, nous ne soutenons pas les expériences d'insémination artificielle chez les lions" car elles alimentent une industrie basée sur la chasse, ont dénoncé une vingtaine d'ONG dans un courrier adressé aux chercheurs. Ce collectif s'est toutefois déclaré favorable à la fécondation in vitro pour d'autres espèces menacées comme les guépards.

A l'échelle de la planète, la population des lions a chuté de 43% depuis vingt ans pour atteindre aujourd'hui quelque 20 000 spécimens, estime l'Union internationale pour la protection de la nature (UICN), qui a classé le prédateur dans la catégorie des espèces vulnérables.