Cinq questions sur l'abattage d'une tigresse échappée d'un cirque à Paris

L'animal a été abattu par son propriétaire. Des associations de défense des animaux crient au scandale et réclament l'interdiction des animaux sauvages dans les cirques.

Le tigre qui s\'est échappé du cirque Bormann a été abattu à quelques centaines de mètres de là, dans le 15e arrondissement de Paris, le 24 novembre 2017. 
Le tigre qui s'est échappé du cirque Bormann a été abattu à quelques centaines de mètres de là, dans le 15e arrondissement de Paris, le 24 novembre 2017.  (RALPH HIPPOCRATE / FRANCE INFO)
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Carole BélingardFrance Télévisions

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Vendredi 24 novembre, le quartier du pont du Garigliano à Paris transformé en jungle urbaine l'espace d'une heure. Mévy, une tigresse, d'un an et demi et de 200 kilos, s'est échappée du cirque Bormann, square Carlo-Sarrabezolles, dans le 15e arrondissement de la capitale. L'animal a été abattu par son propriétaire avec un fusil à pompe. Franceinfo fait le point sur les conditions de cette traque.

Comment s'est échappé le fauve ?

Les propriétaires du cirque sont revenus, samedi, sur les évènements de la veille. Ils soupçonnent "un acte de malveillance", car un maillon de la chaîne, qui fermait avec un cadenas l'enclos du fauve, aurait été cassé, affirme Alexandra Bormann au Parisien. Les propriétaires comptent même porter plainte contre X. Ils rappellent au quotidien les réactions hostiles à leur installation dans le quartier.

Qui a participé à la recherche de l'animal ?

Peu après 17h30, plusieurs témoins, notamment des journalistes de France Télévisions, dont le siège est situé à proximité du cirque, assistent à une scène surréaliste : deux dompteurs partent à la recherche de l'animal avec une perche et un morceau de viande.

Les pompiers ont été appelés, peu avant 18 heures, par des particuliers ayant aperçu le félin. "Le propriétaire était sous le choc. Lorsque nous sommes arrivés, le tigre de 200 kg était déjà mort", a raconté à l'AFP un porte-parole des pompiers. L'animal a été abattu "dans une allée, il n'était pas en pleine rue, il n'y avait pas de passants", a-t-il ajouté.

Pourquoi l'ont-il abattu ?

Eric Bormann explique à BFMTV qu'il a simplement suivi la réglementation. "La tigresse est partie. J'ai essayé de la canaliser, elle s'est un petit peu affolée et là il a fallu que je prenne une décision rapide et ça fait partie du protocole de sécurité, il faut abattre l'animal. Donc tout de suite nous avons pris notre arme et j'ai abattu le tigre pour la sécurité du public", se justifie le propriétaire du cirque.

Que dit la loi ? L'article 16 de l'arrêté du 18 mars 2011 qui fixe les conditions de détention des animaux non domestiques précise bien que l'abattage ne peut intervenir "qu'en cas d'urgence et s'il est de nature à éviter une blessure ou à sauver une vie humaine". "Cette mesure ne doit être prise que lorsque tous les autres moyens pour repousser ou capturer l'animal sont ou s'avèrent inopérants", précise encore le texte.

De nombreuses voix regrettent néanmoins que Mévy n'ait pas pu être endormie à l'aide d'anesthésiants. "Le cirque aurait très bien pu appeler les vétérinaires qui possèdent ce genre de produits pour endormir immédiatement l'animal. Il y en a au jardin des plantes ou au zoo de Vincennes à quelques kilomètres à peine", se désole Franck Schrafstetter, président de l'association Code animal, contacté par franceinfo. L’Ordre des vétérinaires, joint par franceinfo, précise que les sapeurs-pompiers de Paris ont également en leur sein des vétérinaires. Mais quand ces derniers sont arrivés sur place, la tigresse avait déjà été abattue.

Quelles sont les réactions ?

Cet énième incident dans un cirque a relancé le débat sur la présence d'animaux sauvages dans les cirques. La Fondation Brigitte Bardot s'est dite "scandalisée" et a appelé Nicolas Hulot, ministre de l'Ecologie, à interdire l'exploitation des animaux dans les cirques. "C'est un miracle qu'il n'y ait pas eu de victimes humaines cette fois, il faut réagir immédiatement et bannir cette exploitation de l'animal sauvage réduit à l'esclavage", a-t-elle déclaré dans un communiqué.

"Cet abattage doit nous interroger sur la captivité des animaux. La société estime de plus en plus que c'est problématique. Il faut que la réglementation bouge", plaide aussi Franck Schrafstetter. De nombreux pays ont interdit la présence d'animaux sauvages dans les cirques comme en Belgique, en Autriche ou en Grèce, rappelle Le Monde.

Même tollé du côté de la SPA, de OneVoice ou encore de 30 millions d'amis.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Le corps de l'animal va devoir être autopsié, a précisé un porte-parole des pompiers. Par ailleurs, une enquête a été ouverte au commissariat du 15e arrondissement. Celle-ci devra établir s'il y a eu mise en danger de la vie d'autrui. Le propriétaire, placé en garde à vue puis relâché, sera prochainement réentendu, selon l'AFP, qui cite une source judiciaire. Le cirque, doté de neuf tigres, venait de s'installer et prévoyait d'ouvrir ses portes au public le 3 décembre.