INFO FRANCEINFO. Agressions sexuelles dans le sport : une cavalière professionnelle accuse son moniteur de l’avoir violée adolescente

Une cavalière professionnelle dénonce les viols dont elle a été victime alors qu'elle était adolescente. Une première plainte a été classée sans suite, en raison de la prescription des faits. Elle vient d'en déposer deux autres. 

Saut d\'obstacle en équitation (image d\'illustration). 
Saut d'obstacle en équitation (image d'illustration).  (CHRISTIAN WATIER / MAXPPP)

Alors que le monde du patinage est secoué par des accusations d'agressions sexuelles, une cavalière professionnelle dénonce jeudi 6 février des agressions sexuelles de la part de trois individus alors qu'elle était enfant, dans les années 1980, a appris franceinfo. "Je pratiquais l'équitation et sur la fin de mon année de 13 ans, j'ai été victime de mon moniteur, qui m'a violée et agressée pendant dix ans", raconte à franceinfo Amélie Quéguiner. Aujourd'hui propriétaire des Ecuries de Liam, à La Roche Chalais (Dordogne), elle a été monitrice et cavalière professionnelle de CSO (saut d'obstacles).

"J'ai porté plainte il y a deux ans contre le premier - et principal - agresseur", qui exerçait dans un club du Béarn, assure la cavalière, âgée de 50 ans aujourd'hui. Selon elle, le parquet de Pau avait été chargé de l'enquête. "Les faits étaient prescrits, donc je ne m'attendais pas à grand-chose personnellement. L'enquête a duré un an et demi et la justice a donc classé sans suite mon affaire", regrette la quinquagénaire. Elle n'avait, alors, pas signalé les faits à la fédération française d'équitation.

Deux nouvelles plaintes déposées

Le ministère des Sports confirme avoir eu connaissance jeudi matin de cette affaire et être en lien depuis avec la cavalière, ainsi qu'avec la fédération, qui a recensé ces derniers jours plusieurs cas similaires ayant eu lieu ces dernières années. 

"Pendant cette période, j'ai eu affaire également à un conseiller technique régional (CTR), qui venait prodiguer des journées de formation et qui faisait surtout de la détection de jeunes pour le haut niveau. Lors de plusieurs rendez-vous, cette personne-là m'a donc violée" , dénonce encore la cavalière. "Et lors d'un stage de détection qu'on faisait avant les championnats de France, j'ai été victime d'un autre coach qui gravitait dans ce milieu-là et qui a entraîné d'autres jeunes filles comme moi. J'ai également été violée par ce monsieur", se souvient Amélie Quéguiner. "J'ai rendez-vous à la gendarmerie de mon village (ndlr : en Dordogne) cet après-midi pour porter plainte contre ces deux autres personnes". Les trois entraîneurs ont tous exercé en région Nouvelle-Aquitaine.

Ils sont tous retraités, mais (...) ce sont encore des personnes qui ont accès à la jeunesse.Amélie Quéguinerà franceinfo

La cavalière regrette aussi l'action de l'antenne "Jeunesse et Sport" de Pau, à qui elle avait signalé l'affaire il y a un an. "Ils étaient venu vers moi pour que je signale mon agresseur principal. C'était quelque chose qui m'avait donné beaucoup d'espoir, ils avaient un discours prometteur, me disant qu'il n'y avait pas de prescription dans le sport, qu'ils pouvaient aller du blâme à la radiation, etc... Donc j'avais espoir et en fait, après avoir entendu mon agresseur, il m'a été rapporté par téléphone que ce monsieur était amoureux de moi, que de toute façon il allait être retraité très prochainement... Ça a été très décevant", raconte la quinquagénaire. Le ministère des Sports précise avoir pris contact avec la direction départementale des Pyrénées-Atlantiques pour faire le point sur ce signalement.

"La colère de voir ces pseudo-retraités continuer à exercer, et l'actualité brûlante m'ont poussée à vous écrire aujourd'hui", explique-t-elle dans une lettre adressée ce mercredi au président de la Fédération Serge Lecomte et publiée sur Facebook. "Ils sont tous retraités, mais il n'est pas rare qu'on fasse appel à eux, que des vieilles gloires donnent encore des stages ou des formations dans des centres équestres, y compris au niveau des comités régionaux, départementaux. Je sais que ces trois personnes font encore ce genre de choses. Donc ce sont encore des personnes qui ont accès à la jeunesse", assure la cavalière.

Contactée, la FFE confirme avoir reçu le courrier de Mme Quéguiner. Dans un communiqué publié jeudi 6 février dans la soirée, le président de la Fédération française d'équitation Serge Lecomte "souhaite exprimer tout [son] soutien et [sa] solidarité aux victimes et condamne sans réserve et avec la plus grande fermeté tous les abus". Serge Lecompte annonce que la Fédération "va rapidement déployer un plan d'actions pour renforcer la sensibilisation des dirigeants, enseignants, organisateurs de concours et officiels de compétition. La FFE va également ouvrir une cellule d'écoute des victimes."