Féminicides : "Un défi colossal" pour une justice qui "part d'extrêmement loin", selon le procureur d'Amiens

Alexandre de Bosschere explique que sur le terrain, les signaux d'alerte arrivent dans des endroits différents, dans les services d'enquête, dans les associations, les services de probation, auprès d'un service hospitalier.... "Il faut arriver à croiser les informations", insiste le procureur.

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Radio France
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Alexandre De Bosschere, l'ancien procureur de la République de Saint-Malo, aujourd'hui procureur de la République d'Amiens. (DENIS CHARLET / AFP)

"La mise en place d'un fichier commun des auteurs, c'est indispensable", a martelé jeudi 10 juin sur franceinfo Alexandre de Bosschere, le procureur d’Amiens concernant les féminicides en France et les nouvelles mesures de protection des victimes annoncées par le gouvernement mercredi. Selon lui, "on ne peut pas éviter tous les crimes mais on doit éviter les crimes évitables" mais il rappelle que la "justice part d'extrêmement loin".

franceinfo : Que pensez-vous des mesures annoncées par le gouvernement ?

Parmi les mesures proposées il y a des choses essentielles comme la mise en place d'un fichier commun des auteurs, c'est indispensable.

"C'est un travail considérable parce qu'on n'a pas de croisement de données et pas de moyens d'automatiser la récupération d'informations."

Alexandre de Bosschere, le procureur d’Amiens

à franceinfo

Mais on est confronté à un défi colossal, celui de traiter des plaintes dont le nombre augmente chaque année parce que le chiffre noir des faits non-dénoncés diminue et parce qu'on a une exigence de plus en plus importante de qualité de traitement de chacun de ces dossiers et cette exigence est tout à fait légitime. Les moyens s'améliorent progressivement mais ils ne sont pas à la hauteur du défi colossal qui est de prendre en compte l'auteur, protéger la victime, prendre en charge les enfants et la liste des préconisations est très importante.

La justice n'a pas les moyens suffisants ?

La justice part d'extrêmement loin, c'est cela notre difficulté. Quand on compare notre budget à celui de l'Allemagne on est à deux fois moins par habitant.

"Si on compare le nombre de procureur par habitant par rapport à celui de l'Allemagne, on en a 2,5 fois moins et par rapport à la moyenne des pays européens c'est quatre fois moins."

Alexandre de Bosschere

à franceinfo

Ce que les procureurs ont demandé presque conjointement, dans l'attente d'un renforcement des moyens humains en magistrat, c'est d'avoir au moins dans l'immédiat un jury d'assistants par tribunal, par parquet, qui puissent suivre de manière plus individuelle chacune des situations.

Comment expliquer les failles dans le système ?

On ne peut pas éviter tous les crimes mais on doit éviter les crimes évitables, ceux pour lesquels on a eu des signaux d'alerte, c'est ce que les gens ne comprennent pas et ne peuvent pas comprendre c'est comment on peut avoir des signaux d'alerte et ne pas réussir à les traiter. Nous, on le sait, parce que sur le terrain, ces signaux arrivent dans des endroits différents, dans les services d'enquête, dans les associations, les services de probation, auprès d'un service hospitalier. Il faut arriver à croiser les informations et à en faire quelque chose d'utile tout en sachant qu'il faut, derrière ces informations, avoir des éléments de preuve, des choses tangibles et c'est un travail très compliqué que ce travail de rendre concrètes les informations données et pouvoir leur donner une suite.

"On ne peut pas se contenter d'une déclaration pour dire que des violences ont été commises, il faut des preuves."

Alexandre de Bosschere

à franceinfo

Recueillir des éléments médicaux, des témoignages, des expertises psychologiques. C'est ce qui est complexe mais il y a un chemin considérable qui a été parcouru.

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