Trois questions sur l'évacuation de l'église Sainte-Rita, à Paris

Les forces de l'ordre ont évacué mercredi matin l'église Sainte-Rita, dans le 15e arrondissement, qui était occupée par des opposants à un projet immobilier prévoyant la destruction de l'édifice.

Des manifestants bloquent l\'accès à l\'église Sainte-Rita, dans le XVe arrondissement de Paris, le 3 août 2016.
Des manifestants bloquent l'accès à l'église Sainte-Rita, dans le XVe arrondissement de Paris, le 3 août 2016. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

"L'église des animaux" doit être rasée. Sainte-Rita, dans le 15e arrondissement de Paris, connue pour ses bénédictions annuelles d'animaux, a été évacuée par des CRS, mercredi 3 août. Plusieurs dizaines de personnes, parmi lesquelles des élus, avaient pris place devant l'édifice, dans lequel se déroulait une messe matinale, pour protester contre sa future démolition.

Comment s'est déroulée l'évacuation ?

Des élus de droite, dont certains étaient sur place mercredi matin pour empêcher l'évacuation, se sont notamment indignés que l'opération ait lieu "alors que toute la communauté chrétienne est en deuil", a souligné Philippe Goujon, maire LR du 15e arrondissement, en référence à l'assassinat du père Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray, une semaine plus tôt.

Présent sur les lieux, le député LR Frédéric Lefebvre a pour sa part qualifié l'évacuation, qui s'est déroulée pendant une messe, "d'acte indigne, perpétré au cœur de l'été, en profitant de l'absence d'une grande partie des paroissiens et du choc des fidèles après l'assassinat terroriste de Saint-Etienne-du-Rouvray"

Sur Twitter, plusieurs responsables politiques ont dénoncé une évacuation "musclée", une "messe violemment interrompue", "des élus traînés à terre" et des "fidèles malmenés", à l'aide de photos et de vidéos de la scène.

Chantal Rolgen, adjointe à la mairie du 15e, raconte l'évacuation à francetv info. "Nous étions sur place depuis 6h30. Nous étions là, avec une cinquantaine de personnes, pour défendre un patrimoine, explique-t-elle. C’est un très mauvais signal de détruire une église. J’étais assise devant l’église et j’ai été traînée" par les forces de l'ordre. "Cela ne m’était jamais arrivé", poursuit l'adjointe. Une vidéo postée sur Twitter montre la scène.

Sur d'autres images, c'est un prêtre traditionaliste qui est traîné au sol par les forces de l'ordre, tandis qu'un enfant de chœur est accompagné en marchant vers la sortie.

Pourquoi cette évacuation ?

L'église, qui, avant sa fermeture, pratiquait le rite gallican, n'était pas rattachée au Vatican. Sainte-Rita est en effet un édifice privé, appartenant à l'association belge des Chapelles catholiques et apostoliques. C'est ce propriétaire qui demande sa démolition en vue d'une opération immobilière confiée à la société nantaise Garibaldi. "L'objectif : vendre cette église de 720 m² à un promoteur immobilier, pour un montant de trois millions d'euros en novembre 2013", explique France 3 Paris. L'église doit laisser place à des logements et à un parking.

Les travaux de construction de logements, qui devaient démarrer en octobre 2015, se sont jusqu'alors heurtés à la présence d'occupants "sans droit ni titre", selon la préfecture de police. "Depuis la cession de cette propriété, une palissade métallique a été posée et quelques fidèles se réunissaient sur le trottoir, l'église n'est pas consacrée ni dédiée au culte", précise-t-elle.

"Il y a eu de nombreuses discussions mais aucun projet concret n’a été présenté à la table des discussions, explique à francetv info le porte-parole de la société Garibaldi, détentrice du permis de construire. Les squatteurs ont déposé des plaintes contre la procédure immobilière, mais toutes les tentatives ont été déboutés par les différents tribunaux. Tous les recours judiciaires ont été purgés."

L'association avait obtenu par ordonnance du tribunal de Paris, le 6 janvier, l'autorisation judiciaire d'évacuer les lieux. Après quelques rebondissements, le Conseil d'Etat a finalement rendu sa décision le 5 juillet, enjoignant "au préfet de police de délivrer le concours de la force publique", afin de procéder "à l'expulsion de ces occupants".

Qui d'autre défend cette église ?

Il n'y a pas que des élus locaux et des riverains pour prendre la défense de Sainte-Rita. Depuis plusieurs mois, l'église est occupée par une communauté "au discours confus", selon France 3 Paris-Ile-de-France. D'ailleurs, les élus du 15e arrondissement "préfèrent ne pas parler de ces occupants" au discours devenu plus politique que religieux.

Le site d'information StreetPress a consacré un reportage à cette "ZAD d'extrême droite" en décembre dernier. En octobre 2015 s'y est en effet installé le Mouvement du 14 juillet, porté par des conspirationnistes qui souhaitent renverser le gouvernement. Ils y côtoient des catholiques traditionalistes comme l'abbé Guillaume de Tanoüarn, proche du mouvement nationaliste Action française, qui a célébré la messe, mercredi matin, à 6 heures, avant le début de l'évacuation.