Service militaire, national, civique... quelles différences ?

Des élus de droite demandent, après les récents attentats, un retour au service national, tandis que François Hollande prône l'élargissement du service civique. Explications.

Des jeunes en service civique en plein travail, le 2 avril 2010, à Marseille (Bouches-du-Rhône), lors d\'une visite du chantier de restauration du parc des Bruyères en partie dévasté par un incendie en 2009.
Des jeunes en service civique en plein travail, le 2 avril 2010, à Marseille (Bouches-du-Rhône), lors d'une visite du chantier de restauration du parc des Bruyères en partie dévasté par un incendie en 2009. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Après la vague d'attentats terroristes à Charlie Hebdo, Montrouge et à l'Hyper Cacher, la France doit-elle revoir la formation civique de sa jeunesse ? Aujourd'hui, les jeunes Français ne sont contraints qu'à la Journée défense et citoyenneté (ancienne Journée d'appel de préparation à la défense).

Pour assurer plus de cohésion nationale et enseigner les valeurs républicaines, François Hollande propose d'élargir le service civique "à tous les volontaires" d'ici 2017. Certains élus de droite, comme Xavier Bertrand, demandent, eux, de rétablir le service national, pour "redonner un sentiment d'appartenance" à la Nation. Quelles différences entre les deux ? 

Le service civique

Entré en vigueur en 2010, le service civique "est un engagement volontaire au service de l'intérêt général, ouvert à tous les jeunes de 16 à 25 ans, sans conditions de diplôme". Indemnisé 573 euros net par mois, et présenté comme un moyen d'insertion sociale, notamment pour certains "décrocheurs" du système scolaire, il peut être effectué auprès d’associations, de collectivités territoriales ou d’établissements publics (musées, collèges, lycées…), sur une période de 6 à 12 mois, en France ou à l'étranger. 

Plus de 35 000 jeunes de 16 à 25 ans sont inscrits pour 2015. Selon François Chérèque, qui dirige l'Agence du service civique, seule une demande sur cinq est acceptée. Outre le manque de moyens alloués, une des raisons pointées par la Cour des comptes est la difficulté, pour les acteurs sollicités, de trouver des missions adaptées. François Hollande souhaite néanmoins que dans deux ans, les inscrits soient "entre 150 000 et 170 000". 

Le président a aussi évoqué, à plusieurs reprises, la création d'un service "universel", plus court, non indemnisé, et qui aurait vocation à devenir obligatoire. Une idée sur laquelle il ne s'est pas prononcé depuis les attentats de janvier.

Le service national (ex-service militaire)

Suspendu en 1996 par Jacques Chirac, le service national (nommé "service militaire" jusqu'en 1971) durait dix mois, dans sa dernière version. "La participation d'un jeune homme prenait alors de multiples formes, militaire, technique ou civique, et pouvait être reportée jusqu'à l'âge de 22 ans. On parlait alors d'un 'service à la carte'", résume Le Figaro.fr. L'appel sous les drapeaux "est rétabli à tout moment par la loi dès lors que les conditions de la défense de la Nation l'exigent ou que les objectifs assignés aux armées le nécessitent", stipule aujourd'hui l'article L. 112-2 du Code du service national.

D'un point de vue légal, sa remise en route serait donc possible. Mais côté financier et organisationnel, ce serait bien plus complexe. "Que pourraient faire les militaires de 250 000 à 300 000 nouveaux conscrits ? L'armée ne disposerait plus d'assez de sous-officiers pour les encadrer et les former", écrit BFM Business. "Il n'y aurait plus assez de casernes pour accueillir les appelés", sans parler du fait que la moitié des effectifs seraient des femmes, et qu'il faudrait adapter les logements en fonction. 

Selon l'ancien ministre UMP Xavier Bertrand, favorable à ce dispositif, un service national de trois mois coûterait environ 1,5 milliard d’euros. Un dernier obstacle, et pas des moindres, consisterait à justifier de telles dépenses en pleines réductions budgétaires, pour une efficacité qui serait de toute façon difficile à évaluer.