Mort de Daniel Cordier : "C'était un homme d'une grande humilité et très cultivé", explique l'historien Dominique Lormier

Le résistant Daniel Cordier, et ancien secrétaire de Jean Moulin, s'est éteint vendredi à Cannes à l'âge de 100 ans.

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Daniel Cordier lors d'une projection du téléfilm "Alias Caracalla", adaptation du livre éponyme de l'ancien résistant, à Paris le 25 avril 2013. (TIBOUL PEEX / MAXPPP)

"Daniel Cordier était un homme d'une grande humilité, comme les grands résistants qui avaient beaucoup fait et beaucoup œuvré", a expliqué vendredi 20 novembre sur franceinfo l'historien Dominique Lormier, écrivain et spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, après la mort de Daniel Cordier à l'âge de 100 ans. "C'était également un homme très cultivé et passionné d'art. Il a été un résistant de la première heure. Il a rejoint de Gaulle dès l'été 1940. Il a été un agent des services spéciaux de la France libre. Il a été le secrétaire de Jean Moulin", a ajouté Dominique Lormier.

>> Décès de Daniel Cordier : cinq choses à savoir sur l'ancien résistant

franceinfo : Avec la disparition de Daniel Cordier, la Seconde Guerre mondiale s'éloigne un peu plus encore de la mémoire collective, un peu comme avec la Première Guerre et la mort de Lazare Ponticelli en 2008 ?

Tout à fait, on a les derniers survivants qui sont malheureusement en train de décéder. Il en reste néanmoins un, ancien légionnaire de la bataille de Bir-Hakeim, qui est le dernier Compagnon de la Libération qui est encore en vie. J'avais eu l'occasion et le plaisir de rencontrer Daniel Cordier lorsqu'il avait sorti justement ces monumentaux ouvrages consacrés à Jean Moulin. Daniel Cordier était un homme d'une grande humilité, comme les grands résistants qui avaient beaucoup fait et beaucoup œuvré. Il était également un homme très cultivé, d'une grande culture et passionné d'art.

Daniel Cordier a été un résistant de la première heure. Il a rejoint de Gaulle dès l'été 1940. Il a été un agent des services spéciaux de la France libre. Il a été le secrétaire de Jean Moulin. Il a été parachuté en France occupée au moment où les arrestations ont été nombreuses, puisque la Gestapo avait infiltré un certain nombre de réseaux, ce qui a amené malheureusement à l'arrestation de Jean Moulin. Il avait véritablement vécu dans un immense danger. Il y avait un officier de l'armée d'Afrique qui avait été tué sur le front italien, qui avait dit que prendre des risques est une question d'honneur. Daniel Cordier appartient à cette phalange de ceux qui ont pris des risques pour une question d'honneur et qui était celui de la libération de la France.

Pourquoi Jean Moulin l'avait-il choisi comme secrétaire ?

Il l'a choisi, je dirais, pour sa jeunesse et pour son courage. En plus, c'était deux personnalités qui avaient des opinions politiques assez différentes. Au début, Jean Moulin était radical-socialiste et Daniel Cordier, venu des milieux maurassiens. Mais il faut savoir que parmi les maurassiens, il y avait beaucoup de germanophobes. Donc un certain nombre d'entre eux ont rejoint la Résistance et ceux qui étaient plutôt antisémites ont rejoint le régime de Vichy.

Daniel Cordier c'était un homme, un humaniste qui avait le culte de la beauté et qui était vraiment tourné vers la beauté universelle qu'on retrouve à travers l'art qui peut unir tous les hommes, aussi bien de tous bords. Et je dirais c'est le message dont il a été porteur à travers celui de Jean Moulin, qui était également passionné d'art, à travers aussi le général de Gaulle, qui était également un grand amateur de littérature et d'art. On le voit notamment avec ces liens qu'il a eus avec André Malraux, Paul Valéry et également Mauriac. Donc, véritablement, ils font partie de ce cortège d'hommes qui sont tournés toujours vers l'humanisme, dans la lutte contre la barbarie, d'où qu'elle vienne.

Qu'est-ce que la France doit à Daniel Cordier, l'un des compagnons de la libération, distingué par le général de Gaulle  

La France lui doit le fait qu'il a été le secrétaire de Jean Moulin. Jean Moulin est celui qui a unifié la Résistance derrière la figure du général de Gaulle à une période d'ailleurs qui a été assez compliquée avec les Anglo-américains parce qu'ils voulaient placer la France sous administration anglo-américaine, alors que Jean Moulin et justement le général de Gaulle, mais également Daniel Cordier ainsi que d'autres résistants, y ont fait obstacle en unifiant la Résistance derrière la figure du général de Gaulle, qui était le champion de l'indépendance nationale.

Pourquoi Daniel Cordier ne voulait pas être enterré au mont Valérien. Ce ne sera pas lui, finalement, car cet endroit est réservé au dernier Compagnon de la Libération, ce sera donc Hubert Germain. Mais pourquoi Daniel Cordier ne voulait pas aller là-bas ?

Je pense que ça lui rappelait les souvenirs terribles de ce qu'il avait vécus sous l'Occupation. Il a même failli être dénoncé à plusieurs reprises. Je pense que c'était pour lui une période aussi qui avait été très douloureuse, à la fois exaltante et très douloureuse. Il a vu mourir pas mal de ses camarades. Le Mont Valérien, c'est quand même l'endroit où de nombreux résistants ont été fusillés par les Allemands, dont un certain nombre avaient été dénoncés. Effectivement, comme c'était un homme d'esprit et tourné surtout vers la beauté à travers l'art, il préférait avoir certainement des funérailles tournées vers ce qui l'avait porté ensuite à travers son métier, à savoir la beauté de l'art et la beauté de la peinture. Il ne voulait pas se retrouver parmi ceux qui avaient été fusillés dans des conditions atroces.

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