Témoignages "Je dors dans le dortoir des enfants" : à Paris, des écoles permettent aux familles sans domicile de dormir dans leurs locaux

Alors que le froid s'installe de nouveau sur le pays, élus et associations sonnent l'alerte : 400 enfants dorment à la rue tous les soirs à Paris. Pour pallier le manque d'hébergements d'urgence, certaines écoles permettent à ces familles de passer la nuit dans leurs locaux.
Article rédigé par Sandrine Etoa-Andegue
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Rachel sur le matelas gonflable installée dans une école maternelle du nord de Paris. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

"Ici, c'est le dortoir des enfants. C'est là où je dors, décrit Rachel. Je suis obligée de déménager comme ça", dit-elle en joignant le geste à la parole, et en déplaçant des meubles pour créer un coin nuit pour elle et pour son fils, scolarisé dans cette maternelle du 18e arrondissement de Paris. "Quand j'arrive, je suis obligée de prendre d'abord le tapis pour mettre au sol, après de prendre le matelas gonflable. Et là, du coup, je tire un radiateur qui est là."

Une quarantaine de familles de cette école maternelle sont sans domicile, selon les élus du secteur. Un problème qui n'est pas propre qu'au nord de Paris. 400 enfants se retrouvent sans solution de logement et dorment à la rue tous les soirs. 80 d'entre eux sont hébergés dans des écoles du 18e. Alors que les températures ne cessent de baisser, associations et élus tirent la sonnette d'alarme pour leur trouver des solutions d'hébergement. Mais, faute de mieux, certaines familles se réfugient dans des écoles où leurs enfants sont scolarisés.

"J'appelais le 115 tous les jours"

"On peut dire qu'il passe 24 heures sur 24 à l'école", sourit Rachel. Née au Cameroun, elle est arrivée en France en février 2021. Avant le matelas à l'école, c'était une chambre d'hôtel sans sanitaires et encore avant un carton devant l'hôtel de ville. "J'appelais le 115 tous les jours et on me disait : 'Pour le moment, il n'y a pas de place, il n'y a pas de solution. Appelez dans une semaine'. On n'a pas de papier, on n'a pas de maison, On se retrouve perdue. C'est un peu triste", commente Rachel.

Même désespoir dans la voix lasse de Jerry*, venus de l'Ile Maurice avec sa femme et leurs deux enfants. En France depuis neuf mois, le couple dort dans une tente. "Quand il y a de la pluie, on le met dans le métro." Leur garçon et leur fille sont hébergés chez une connaissance, à proximité, "mais là, c'est trop. Les enfants, tous les matins, ils pleurent. 'Pourquoi vous ne dormez pas avec nous ? Pourquoi vous n’êtes pas là ? On ne peut pas dormir chez cette dame.'' Leur fille abonde : "J'ai peur toute seule avec mon frère." 

Alors, "on a décidé de venir ici, dormir à l'école ensemble, là où ma fille va à l'école, dit Jerry. Pour les enfants, c'était trop dur d'être séparés." En dernier recours, dormir à l'école où des parents leur apportent nourriture, des vêtements, réconfort.

"S'il n'y avait pas eu ces gens qui sont là pour nous aider, je ne sais pas où on serait aujourd'hui. Juste un toit, c'est tout ce qu'on demande."

Jerry*, venu de l'île Maurice avec sa femme et ses deux enfants

à franceinfo

"Ça permet à l'Etat de se défausser"

Parmi ces gens qui leur apportent de l'aide, Manon Luquet,  membre du collectif "Une école, un toit", souligne que "trois familles en même temps, comme on a eu au mois d'octobre, c'est assez inédit comme situation. En fait, ce n'est pas une solution. C'est censé être une solution d'urgence, éventuellement pour une nuit peut-être."

"Le vrai problème, c'est que ça apparaît comme quelque chose de possible, de facile, et ça permet à l'État de se défausser sur des parents d'élèves, des enseignants qui font le travail à leur place", cingle Manon Luquet. La région Île-de-France, d'abord opposée à cette solution, vient d'annoncer l'ouverture de cinq lycées parisiens inoccupés pour accueillir les familles avec enfants.

*Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressé.

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