Marseille : la mairie inflige à Emmaüs une amende de 4 285 euros pour des affichages illégaux

4 285 euros, ça représente par exemple, "deux mois de cafés et de fruits aux SDF", déplore le responsable du centre Emmaüs Pointe rouge à Marseille. Face aux réactions, la mairie annonce qu'elle va reverser l'amende à une autre association.

Fathi Bouaroua, responsable d’Emmaüs Pointe-Rouge à Marseille, montre les affiches à l\'origine du litige avec la mairie, le 5 décembre 2019.
Fathi Bouaroua, responsable d’Emmaüs Pointe-Rouge à Marseille, montre les affiches à l'origine du litige avec la mairie, le 5 décembre 2019. (DAVID AUSSILLOU / RADIO FRANCE)

C'est un cadeau de Noël empoisonné pour les responsables du centre Emmaüs Pointe-Rouge à Marseille. Selon France Bleu Provence, l'association a reçu cette semaine une amende de 4 285 euros pour avoir collé des affiches jugées "illégales". Chaque affiche posée illégalement lui vaut une facture de 15 euros.

Sanctionné pour "affichage sauvage"

Dans un courrier recommandé avec accusé de réception, l'adjointe au maire Les Républicains, Marie-Louise Lotta, précise que 279 affiches collées en juin dernier à l'occasion des États Généraux de Marseille ont été sanctionnées. Pour elle c'est "une infraction à la réglementation sur la publicité".

"Les agents assermentés municipaux ont constaté, en juin dernier, il y a 6 mois, la présence irrégulière de 279 affiches de cette association", précise vendredi 6 décembre la mairie dans un communiqué. Emmaüs a donc été mise en demeure et disposait de deux mois pour justifier cet affichage. Mais la mairie "n'a eu aucun retour." "La Ville de Marseille reste totalement à l'écoute des associations et agit au quotidien en solidarité aux personnes en difficulté ou en situation de précarité", souligne la mairie. "À ce titre, elle reversera évidemment, les 4 285 euros de cette amende, sitôt qu'ils auront été payés, à une association caritative."

Lorsqu'un affichage est déclaré, "des solutions peuvent être envisagées et les tarifs sont régulièrement adaptés, notamment pour les organismes humanitaires et associatifs", ajoute la municipalité. Elle rappelle que "chacun, particulier, association ou entreprise, a les mêmes droits et les mêmes devoirs, dans notre société, sans distinction. C'est donc en toute équité que cette amende a été délivrée."

Une punition, selon Emmaüs

Pour Fathi Bouaroua, le directeur du centre, c'est une punition infligée à l'association. 

C'est de la provocation. Nous sommes en désaccord depuis longtemps sur la gestion des logements, de l'eau et surtout sur la gestion des pauvres.Fathi Bouaroua, le directeur du centre Emmaüsà France Bleu

Au centre des tensions, l'effondrement dramatique de la rue d'Aubagne, le 5 novembre 2018. Emmaüs avait fustigé la politique de Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille.

Du côté de la mairie, on affiche une autre raison. Selon Marie-Louise Lotta, "tout affichage sauvage est interdit et verbalisable. J'ai taxé tout le monde, même les miens pendant les campagnes électorales. C'est comme ça."

Le responsable d'Emmaüs assure qu'il ne paiera pas l'amende. Cela représente trop d'argent. "Avec 4 285 euros, on peut par exemple servir pendant deux mois chaque matin des cafés et des fruits aux SDF." L'association a également publié l'amende sur ces réseaux sociaux en ironisant : "Merci pour le cadeau de Noël !"