Pourquoi la fin des enseignements en langue d'origine étrangère n'est pas vraiment une nouvelle annonce

Emmanuel Macron a présenté une mesure qui avait été initiée par l'ancienne ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem.

Emmanuel Macron et Najat Vallaud-Belkacem, le 29 mai 2015.
Emmanuel Macron et Najat Vallaud-Belkacem, le 29 mai 2015. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Mardi 18 février, Emmanuel Macron a présenté plusieurs mesures pour lutter contre ce qu’il appelle "le séparatisme islamiste", notamment à l’école. Le président de la République a affirmé qu'"à partir de la rentrée scolaire 2020, les enseignements en langue et culture d’origine étrangère (Elco) seront partout supprimés" en France.

A l’origine, ces Elco découlent d’accords bilatéraux signés avec neuf pays : l'Algérie, la Croatie, l'Espagne, l'Italie, le Maroc, le Portugal, la Serbie, la Tunisie et la Turquie. Ils sont conçus pour permettre aux enfants d’origine étrangère de poursuivre en France l’étude de leur langue maternelle. Près de 80 000 enfants sont concernés par ces cours donnés par des professeurs originaires de ces pays.

La Cellule du Vrai du Faux vous explique pourquoi la fin de ces enseignements n’a rien de nouveau.

La fin des Elco a été annoncée... en 2016

C'était une réforme mise en oeuvre par l’ancienne ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem, il y a quatre ans. Ce qu'elle n'a pas manqué de faire remarquer vertement sur Twitter. Lors d'une séance de Questions au gouvernement, en avril 2016, elle précisait les contours de cette réforme (vidéo ci-dessous à partir de 0'45) en évoquant la renégociation des accords avec chaque pays partenaire. D'après la ministre, c'était chose faite avec le Maroc et le Portugal en vue de la rentrée 2016, date à laquelle la réforme devait commencer à entrer en vigueur.

La fin programmée des Elco d'ici 2018 devait laisser place aux enseignements internationaux de langues étrangères (EILE). Ce nouveau système est censé permettre d'améliorer l'inspection de ces professeurs, de les intégrer pleinement à l'équipe pédagogique et de mieux contrôler leurs programmes. Les enseignants doivent désormais aussi maîtriser le français.

Le dispositif est critiqué depuis plusieurs décennies

En 1991, le Haut Conseil à l'intégration recommandait déjà de supprimer les Elco en raison de leur incapacité à intégrer les élèves. L'institution évoque alors un "enseignement inadapté" et un risque de "marginalisation" des enfants et des professeurs. L'argumentaire est repris par la "Commission Stasi" en 2003, pour qui "cet enseignement relève d’une logique communautariste" car "assuré par des enseignants étrangers, rémunérés par le pays d'origine".

Même son de cloche dans un rapport du 28 janvier 2011 remis au Premier ministre de l'époque par le Haut Conseil pour l'intégration (dissous en 2012). Il prévient à nouveau d’un risque d’"éloignement des valeurs républicaines" et de renforcement du "communautarisme". Il préconise par exemple d'améliorer le contrôle des programmes. Quatre ans plus tard, une commission d'enquête sénatoriale recommande également la suppression des Elco, jugés "contre-productifs" et "propices aux dérives".