Pédocriminalité dans l'Eglise : "C'est la première fois que les évêques reconnaissent que toute l'institution est en cause", selon la rédactrice en chef de "La Croix"

Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef du journal "La Croix", a estimé sur franceinfo vendredi que la reconnaissance par les évêques de la "responsabilité institutionnelle" de l'Eglise dans la pédocriminalité qui s'est déroulée en son sein était "historique".

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Les évêques de la Conférence des évêques de France assistent à une messe au sanctuaire Notre-Dame, à Lourdes (Hautes-Pyrénées), le 2 novembre 2021. (VALENTINE CHAPUIS / AFP)

La Conférence des évêques de France a reconnu vendredi 5 novembre la "responsabilité institutionelle" qu'a eue l'Eglise catholique dans la perpétration d'actes pédocriminels en son sein ainsi que la "dimension systémique" de ces violences. "C'est la première fois que les évêques reconnaissent que toute l'institution est en cause", a affirmé sur franceinfo Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef du journal La Croix.

franceinfo : Peut-on dire que ce qui s'est passé à Lourdes aujourd'hui est historique ?

Isabelle de Gaulmyn : Oui, c'est historique. C'est la première fois que les évêques reconnaissent que toute l'institution est en cause. Jusqu'à présent, on parlait de brebis galeuses, de prêtres criminels, de cas isolés. Aujourd'hui, on reconnaît qu'il y a une responsabilité collective, ce que demandait d'ailleurs le rapport Sauvé. C'est le corps de l'Eglise qui a failli.

Quelles sont les conséquences de cette reconnaissance de responsabilité ?

Il y en a deux. Il y a tout d'abord une conséquence financière, puisque cela ouvre la voie à des réparations. Il va y avoir tout un travail pour que l'Eglise reconnaisse et indemnise des personnes victimes d'abus sexuels de la part de prêtres. Cela passe par la nomination d'une commission indépendante car il ne faut pas que les évêques soient leurs propres juges. Il faut également déterminer comment on va payer les victimes. Les fidèles ne veulent pas payer pour cette commission. Sans doute un certain nombre de diocèses, plutôt riches, comme à Paris, Lyon ou Lille, vont devoir vendre des appartements et des biens qu'ils possèdent pour constituer un fonds qui permettra de financer ces réparations. Ensuite, puisqu'on dit que c'est institutionnel et qu'il y a une dimension systémique, il va falloir réformer cette institution. C'est un processus beaucoup plus long, qui va prendre des années, mais qui est très important. 

Cette décision était-elle "une consigne" du Vatican ?

Non, eux-mêmes ont été un peu surpris par les conclusions du rapport Sauvé. Ils ont surtout compris que les catholiques français étaient excédés, très en colère et peinés. A La Croix, on a beaucoup de témoignages. On n'avait jamais vu une telle protestation de la base. Les catholiques sont des gens assez calmes et discrets et là ça ruait dans les brancards. Les évêques ont compris qu'il fallait qu'ils fassent quelque chose d'important, qu'ils franchissent un nouveau pas car sinon les catholiques n'allaient plus les suivre. Cependant, cela va dans le sens de ce que le Vatican avait demandé car le pape François avait exhorté les évêques français en début de semaine d'écouter le rapport Sauvé et les catholiques ainsi que de se rapprocher des victimes. On est tout à fait dans la ligne de ce que le Vatican veut. 

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Pédocriminalité dans l'Eglise

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.