Abus sexuels dans l'Église : "On est en train de prendre conscience que l'ampleur est massive", souligne l'association La Parole libérée

Un rapport établit qu'en France au moins 10 000 enfants ont été victimes de prêtres pédocriminels depuis 1950. Pour fondateur de l'association La Parole libérée, ces chiffres sont la preuve que l'"on est en train de prendre conscience que l'ampleur [du phénomène] est massive".

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Radio France
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Église Notre-Dame de la Garde à Marseille, en 2020 (VALLAURI NICOLAS / MAXPPP)

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase) fait un point d'étape avant de remettre son rapport en octobre 2021. Elle établit que depuis les années 1950, au moins 10 000 enfants ont été victimes de prêtres pédocriminels. La commission s'est notamment basée sur 6 500 témoignages d'adultes encore en vie pour établir son rapport. "On est en train de prendre conscience que l'ampleur est massive", a réagi ce mardi sur franceinfo François Devaux, fondateur de l'association La Parole libérée.

François Devaux : Ce nombre de victimes vous étonne-t-il ?

franceinfo : On peut difficilement remettre en cause l'expertise de cette commission, qui a quand même travaillé très sérieusement. Ce sera un modèle de travail sur les abus sexuels, notamment dans l'Église, mais pas que. C'est sans doute en deçà de la réalité des chiffres. Cela met en évidence la dimension systémique du problème, et cela justifie la nécessité d'enquêter en profondeur sur les mécanismes qui engendrent des destructions de vies aussi massifs que ça. Cela doit déboucher sur des réformes.

Cette écoute est-elle utile pour les victimes ?

Oui. Il y deux choses. Il y a la prise en charge d'un passé, d'une souffrance de vie individuelle, personnelle, et après il y a ce que l'on fait de l'avenir. Il y a ce qu'on fait pour garantir que demain ne se reproduiront pas les mêmes schémas. Cela implique de prendre des mesures, des réformes, des mécanismes. Tant qu'on n'enquêtera pas en profondeur sur la causalité, le mécanisme d'emprise, l'ascendance d'un prédateur et la victime, on ne comprendra pas. La seule façon de répondre sur l'avenir c'est de faire ce travail d'enquête en profondeur. Pour la première fois en France on enquête, on écoute les victimes, et on s'étonne que la parole se libère. Mais en fait, on n'a jamais entendu, on n'a jamais prêté une réelle écoute à cette réalité-là. On est en train de prendre conscience que l'ampleur est massive.

Quelles réformes faut-il faire ?

Les mécanismes et les responsabilités ne sont pas du tout les mêmes dans l'Église que dans la société française. Dans l'Église, il faut attendre le compte rendu de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise sur ses travaux. Je fais partie de ceux qui ont participé à une partie des travaux, j'ai été en contact avec plusieurs de ses membres. Pour moi, il est vraiment important de dire tout le sérieux et l'admiration que j'ai pour ce travail qui a été fait de façon la plus exhaustive possible pour comprendre les mécanismes. Après, l'Église prendra ses responsabilités et chacun pourra en juger. La commission n'aura pas de pouvoir, elle ne pourra que pointer les responsabilités, le rapport au sacré, les incohérences en matière de théologie, les dysfonctionnements en matière de pouvoir. L'évêque est à la fois l'équivalent du procureur de la justice et le juge. C'est lui qui diligente les enquêtes. Tout cela témoigne de notions d'impartialité qui ne sont pas respectées.

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