"Attribuer l'antisémitisme à l'islam est presque un blasphème", réagit le recteur de la grande mosquée de Bordeaux

Le manifeste contre le "nouvel l'antisémitisme" alimenté par la "radicalisation islamiste" est une "erreur intellectuelle monumentale", a dénoncé lundi sur franceinfo Tareq Oubrou, le recteur de la grande mosquée de Bordeaux (Gironde).

Tareq Oubrou, le recteur de la grande mosquée de Bordeaux (Gironde) à Paris, le 11 mars 2011.
Tareq Oubrou, le recteur de la grande mosquée de Bordeaux (Gironde) à Paris, le 11 mars 2011. (JOEL SAGET / AFP)

Au lendemain de la signature par 300 personnalités dans Le Parisien d'un manifeste "contre le nouvel antisémitisme" en France qui serait alimenté par la "radicalisation islamiste", le recteur de la grande mosquée de Bordeaux (Gironde) a évoqué lundi 23 avril sur franceinfo une "erreur intellectuelle monumentale", "presque un blasphème". Tareq Oubrou a également annoncé que les imams vont publier à leur tour une tribune contre l'antisémitisme.

franceinfo : Est-ce aux responsables de l'islam en France de montrer la voie contre l'antisémitisme?

Tareq Oubrou : Ce phénomène doit être abordé par tous ceux qui ont une certaine responsabilité : le politique, l'associatif, et aussi les imams, qui doivent procéder à une théologie préventive. Mais attribuer l'antisémitisme à l'islam est presque un blasphème, puisque les deux-tiers des prophètes du Coran sont des juifs ! Donc cela ne rime à rien. Dans la tribune, il est stipulé clairement que le Coran "appelle au meurtre des juifs et des chrétiens" : c'est une erreur monumentale, et d'une violence inouïe. Le Coran n'appelle pas au meurtre ; il appelle au combat des gens qui sont hostiles. C'est la même erreur que commettent un certain nombre d'ignares musulmans, des délinquants, qui prélèvent des textes isolés de leur contexte historique. Attribuer l'antisémitisme à une "génétique coranique" quelconque est une erreur intellectuelle monumentale ; la même erreur que commettent nos jeunes qui n'ont aucune culture religieuse.

Faut-il revoir l'interprétation de ces textes sacrés ?

Ces textes sont liés à une situation ponctuelle : quand des juifs, des chrétiens et des païens ont déclaré la guerre à la nouvelle religion naissante [l'islam]. Mais aujourd'hui, celui qui veut passer au crime ne va pas consulter le Coran. L'antisémitisme puise ses racines ailleurs : dans la vengeance, la jalousie ou l'ignorance. Tout le monde doit s'engager contre ce fléau-là, pas uniquement le monde religieux. Bien sûr que les imams doivent aussi faire leur travail, en éclairant les jeunes, mais le problème c'est que ces jeunes-là ne se réfèrent pas aux imams. Et puis il y a l'importation du conflit israélo-palestinien, et le mélange entre l'antisionisme et l'antisémitisme. Les imams doivent faire un effort pédagogique pour expliquer à nos jeunes qu'il ne faut pas tout mélanger.

La tribune rappelle aussi que les Français juifs ont 25 fois plus de risques d'être agressés que leurs concitoyens musulmans, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur. Est-ce une comparaison pertinente?

C'est dramatique. C'est un vrai fléau. Nous-mêmes, les imams, nous allons publier [dans Le Monde] une tribune qui condamne ces actes barbares. Une tribune contre l'antisémitisme et le terrorisme. Ce sont des actes qui portent préjudice à la religion, à l'humanité. On ne peut pas s'attaquer à une population parce qu'elle a une religion particulière, ou qu'elle est une ethnie particulière. Comment s'attaquer à un juif alors que le Coran dit que nous avons choisi les enfants d'Israël en connaissance de cause ? Dieu se serait trompé ? L'antisémitisme est un acte blasphématoire, d'un point de vue théologique.