Enfants de prêtres reçus par l'épiscopat : "La vérité ne peut pas être mauvaise et ne peut pas blesser"

Christine Pedotti, directrice de la revue "Témoignage Chrétien", a expliqué, jeudi sur franceinfo, que l'Église s'est longtemps battue contre le fait qu'il y ait des enfants de prêtres.

Un prêtre en Alsace.
Un prêtre en Alsace. (VANESSA MEYER / MAXPPP)

Trois enfants de prêtres, membres de l’association "Enfants du silence", sont reçus, jeudi 13 juin, à huis clos dans les locaux de la Conférence des évêques de France à Paris par des membres de l'épiscopat. Christine Pedotti, directrice de la revue Témoignage Chrétien a décrypté la situation pour franceinfo.

franceinfo : La situation des enfants de prêtre vous interpelle ?

Christine Pedotti : Cette question parcourt l'histoire ecclésiastique. Le "déshonneur" me paraît être un bon mot. C'est des enfants qui ne devraient pas naître. Il faut imaginer qu'il y a des enfants dont le père n'a jamais quitté les ordres, qui ont eu une sorte de père inconnu. Ça fait un véritable désordre dans les origines. L'Église s'est battue contre le fait qu'il y ait des enfants de prêtres parce qu'on ne voulait pas qu'il y ait d'héritage. C'est pour ça qu'il y a un célibat imposé aux prêtres dans l'Église catholique en Occident. Il ne doit pas y avoir de possibilité d'héritage d'une paroisse par exemple. Donc ce tabou sur les enfants de prêtre est très ancien.

Est-ce qu'on peut parler d'un réel changement dans l'Église catholique ?

Ce qui est décisif, c'est ce que le pape a dit : "Si un prêtre a des enfants, sa priorité est de s'occuper de ses enfants." Ça n'a pas toujours été le cas. L'Église s'est un peu comportée comme le reste de la société. Elle a plutôt protégé ses prêtres de ces femmes et de ces enfants. Cette préférence au fond n'était pas seulement celle de l'Église, c'était aussi celle des familles, quand des hommes avaient des enfants naturels. Ce poids-là n'existe plus dans nos sociétés et l'Église est en train d'essayer de le soulever. Je pense que si l'Église fait ça, c'est qu'elle est atteinte par la règle de la transparence et de la vérité qui habite nos sociétés. Moi je suis suffisamment catholique pour estimer que l'on aurait pu le faire avant. Que la vérité ne peut pas être mauvaise et de ne peut pas blesser.

Est-ce que c'est susceptible de relancer le débat sur le célibat des prêtres ?

Le débat tient au fait qu'on peut ordonner ou pas des hommes mariés, ce n'est pas tout à fait la même chose. Mais le maintien du célibat des prêtres pose des tas de problèmes. L'un des problèmes, c'est que l'on a un très grand mal à recruter des prêtres. On aura à l'automne un synode en Amazonie, dans lequel il est possible que l'on ait un déverrouillage sur cette question et que l'on puisse ordonner des hommes mariés (...) Aujourd'hui, si l'on récupérait tous les hommes qui sont partis parce qu'ils ont décidé de se marier et de fonder une famille alors qu'ils ont été prêtres, on aurait quelques milliers de prêtres en plus (…) Peut-être que les familles de prêtres pourraient avoir un caractère exemplaire au sens où tout le monde aurait un peu le sentiment que l'intérêt que l'Église catholique manifeste à la famille, elle le vit y compris à travers ses prêtres.