Démission de l'archevêque de Paris : "Je pense que ce sont surtout les difficultés avec ses collaborateurs qui ont beaucoup pesé", estime un spécialiste

Gino Hoel, rédacteur pour une revue catholique, souligne "les problèmes avec des groupes traditionnalistes" après la démission de l'archevêque de Paris, Michel Aupetit, qui a reconnu avoir eu un "comportement ambigu" avec une femme.

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L'archevêque de Paris Michel Aupetit dirige une messe dans la basilique Pie X pour commémorer l'Assomption de la Vierge Marie, le 15 août 2021 à Lourdes. Photo d'illustration. (FRED SCHEIBER / AFP)

La démission de l'archevêque de Paris, Michel Aupetit, a été acceptée jeudi 2 décembre par le pape, est la conséquence de plusieurs problèmes au sein du diocèse, analyse sur franceinfo Gino Hoel, rédacteur pour la revue catholique progressiste Golias et pour Slate.fr. Ces difficultés relèguent selon lui au second plan la raison officielle du départ de Michel Aupetit, à savoir les révélations, fin novembre, dans l'hebdomadaire Le Point, d'un comportement "ambigu" que le prélât aurait eu avec une femme, en 2012. Il a catégoriquement démenti ces affirmations. Mgr Aupetit est remplacé par Mgr Georges Ponthier, archevêque émérite de Marseille.

franceinfo : Les révélations sur une relation "ambigue" ne sont pas la seule raison expliquant la démission de Mgr Aupetit ?

Gino Hoel : C'est la cerise sur le gâteau. Il y avait d'autres problèmes qui, je pense, sont beaucoup plus importants que cette rumeur. C'est une rumeur, parce qu'on n'a pas de preuve aujourd'hui. C'est juste un courriel qui aurait circulé, mais on ne connaît pas la teneur de ce courriel. On ne sait pas la teneur des relations exactes entretenues par l'archevêque de Paris avec cette femme. À l'époque, il était vicaire général, pas encore évêque. Je pense que ce sont surtout les difficultés au sein du diocèse, les difficultés relationnelles qu'il pouvait avoir avec ses prêtres, avec ses collaborateurs qui ont beaucoup pesé.

Je pense qu'en l'espèce, ce n'était pas vraiment le célibat qui était problématique. Michel Aupetit, à l'époque, quand on lui a demandé de choisir entre le célibat et sa possible relation avec cette femme, il a choisi puisqu'il n'a pas quitté le ministère. On peut aussi se demander pourquoi ce courriel est sorti en 2021, alors qu'il date de 2012. Je pense qu'aujourd'hui, ce qui arrive, c'est en partie parce qu'il y avait un certain nombre de forces dans le diocèse, qui ont tout fait pour obtenir la mitre de Michel Aupetit. Ils l'ont obtenue.

Le diocèse de Paris était-il dans un état si dégradé, conflictuel que cela ?

Oui, il y a déjà eu plusieurs démissions autour de l'archevêque de Paris, dûe à son comportement. Il y avait également des problèmes avec le lycée Saint-Jean-de-Passy [le directeur de cet établissement catholique privé réputé du 16e arrondissement de Paris a été mis en examen en février 2021 pour "agression sexuelle sur mineur de 15 ans", et son prédécesseur avait été renvoyé par le diocèse, pour mauvaise gestion].

Il y avait aussi des problèmes avec des groupes traditionnalistes proches de Saint-Jean-de-Passy. Ils avaient en travers de la gorge le fait que Michel Aupetit restreigne la possibilité de célébrer la messe en latin. Il a en fait juste appliqué le décret du pape, sorti cet été, qui demandait à restreindre cela. Le souci, c'est que Michel Aupetit a été très proche de ces gens-là, et ces derniers estimaient qu'en plus, il avait une moralité extraordinaire. Donc à partir du moment où il y a eu Saint-Jean-de-Passy, puis la décision de restreindre le rite, , on a vu dans toute cette sphère traditionaliste, d'extrême droite, des attaques très fortes, des attaques très fortes.

Georges Pontier, archevêque émérite de Marseille, devient administrateur apostolique de Paris. Cela veut-il dire que c'est lui, le nouvel archevêque de Paris ?

Il va gérer les affaires courantes en attendant la nomination d'un nouvel archevêque. Donc il va, je pense, essayer de pacifier les choses, ce qui est très important à Paris. Et puis surtout, il va commencer à réfléchir au meilleur profil pour le nouvel archevêque. En fait, il faut espérer que Georges Pontier en arrive à la conclusion qu'il faut absolument un non-parisien.

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