Revenus en baisse, violences en hausse... Le bilan "préjudiciable" de la loi de 2016 sur la prostitution

La peur du gendarme éloigne les clients des travailleuses du sexe et fait baisser leurs revenus, selon une enquête.

Une prostituée dans une camionette à Caen (Calvados), le 30 novembre 2017.
Une prostituée dans une camionette à Caen (Calvados), le 30 novembre 2017. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Le constat est inquiétant. Revenus en baisse, violences en hausse... Les travailleuses du sexe jugent "préjudiciable" la loi qui pénalise leurs clients, deux ans après son entrée en application, selon une enquête auprès de plus 600 prostituées publiée par des associations et des ONG jeudi 12 avril.

La mesure la plus saillante de la loi du 13 avril 2016 prévoit de sanctionner les clients de prostituées sur la voie publique d'une amende de 1 500 euros, voire 3 750 euros en cas de récidive. Et c'est bien cette disposition dont les travailleuses du sexe se plaignent : la peur du gendarme éloigne leurs clients et fait baisser les revenus de 78,2% d'entre elles.

Le clien impose davantage ses conditions

Entre avril 2016 et mars 2018, 2 354 clients ont été verbalisés par les forces de l'ordre dans toute la France, selon des chiffres officiels. En outre, la loi a provoqué une pression à la baisse sur les prix : plus rare, le client "impose plus souvent ses conditions", car c'est lui "qui prend des risques".

Toujours d'après cette enquête, la raréfaction de la clientèle pousse aussi les prostituées à accepter des clients qu'elles "n'auraient pas acceptés autrefois, quitte (...) à risquer une plus forte exposition aux violences". Aussi, le port du préservatif "redevient un enjeu de négociations avec le client", selon le rapport.