Prison : une enquête d'Emmaüs et du Secours catholique dénonce le "processus de criminalisation de la misère"

Selon le rapport publié lundi 11 octobre, 16% des détenus n'ont aucune ressource et deux tiers sont en situation d'endettement. Emmaus et le Secours catholique dénoncent une "double peine".

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Radio France
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Des détenus au centre pénitentiaire de Nancy. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

Emmaüs et le Secours catholique dénoncent le "processus de criminalisation de la misère" et le "cercle vicieux" entre pauvreté et incarcération, dans une enquête publiée ce lundi 11 octobre, fondée sur un questionnaire qui a été diffusé dans 71 établissements pénitentiaires et auquel près de 1 120 détenus ont répondu.

Ce rapport dresse trois constats majeurs, à savoir que "les personnes pauvres sont massivement surreprésentées en détention", que "telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, la prison accroît la pauvreté et agit comme un accélérateur de précarisation", et que les conditions de sortie de prison "exposent les personnes les plus vulnérables à une précarité économique et sociale encore plus importante, les plaçant à leur sortie dans des contextes propices à la réitération d'infractions".

La détention "une double peine"

Par exemple, il note que "seule la moitié des personnes interrogées étaient en situation d'emploi avant leur incarcération, quand les deux tiers de la population française le sont" et que "28% étaient au contraire sans activité professionnelle". Seuls 13% des détenus sont propriétaires, contre 58% de la population française, et près un tiers ont des situations d'hébergement précaires. A leur sortie de prison, un quart des détenus n'ont d'ailleurs aucune solution d'hébergement et 40% ont des solutions d'hébergement temporaires.

Ces détenus subissent une sorte de "double peine" car le coût de la vie en détention est estimé à 200 euros par mois, sans tenir compte des dépenses extérieures", alors que 16% des détenus n'ont aucune ressource, que deux tiers sont en situation d'endettement et qu'un tiers bénéficie d'une aide de 20 euros réservée aux personnes aux ressources insuffisantes. D'ailleurs, moins de 4 détenus sur 10 travaillent pendant sa détention – 17h par semaine en moyenne - et ont donc un salaire. Revenu qui oscille entre 20% et 45% du Smic, soit 2,05 euros et 4,61 euros de l'heure. Un détenu sur cinq n'a ni emploi, ni formation, ni enseignement au cours de sa détention.

"La moitié des personnes qui déclaraient ne pas se sentir en situation de pauvreté avant leur détention considèrent qu’ils sont devenus pauvres pendant leur détention"

Rapport d'Emmaüs et du Secours Catholique

"Si 45% des personnes interrogées estimaient être en situation de pauvreté avant leur incarcération, cette proportion s’élève à 70% au cours de la détention. La moitié des personnes qui déclaraient ne pas se sentir en situation de pauvreté avant leur détention considèrent qu’ils sont devenus pauvres pendant leur détention", analyse le rapport.

Des alternatives pour enrayer ce phénomène

Il rappelle aussi les conclusions de précédentes études, à savoir que bénéficier d'une formation diminue de 43% "la probabilité de réincarcération" selon un travail de l'Institut Montaigne en 2018, que 63% des personnes libérées sans aménagement de peine ont de nouveau été condamnées dans les cinq ans après leurs libération d'après une étude d'Annie Kensey et Abdelmalik Benaouda portant sur les risques de récidives réalisée en 2011.

Pour enrayer ce cercle vicieux entre pauvreté et incarcération, Emmaüs et le Secours catholique recommandent de développer massivement les alternatives aux poursuites, de refondre la procédure de comparution immédiate qui prononce huit fois plus de peines d'emprisonnement qu'une procédure classique, augmenter la quantité de travail en prison et la rémunération des détenus, former davantage les détenus et développer les aménagements de peine.

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