Grève dans les prisons : une centaine de surveillants stagiaires vont être sanctionnés

"Pour nous, c'était vraiment délicat, réagit un jeune gréviste. D'un côté on avait les menaces de sanctions, de l'autre la pression des collègues titulaires."

Des surveillants bloquent la prison de Nancy-Maxéville, le 25 janvier 2018.
Des surveillants bloquent la prison de Nancy-Maxéville, le 25 janvier 2018. (JEAN CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

Près d'une centaine de surveillants stagiaires ayant participé au mouvement de grève de janvier dans les prisons devraient voir leur titularisation repoussée, a fait savoir, jeudi 8 mars, la direction de l'administration pénitentiaire. "Historiquement, c'est-à-dire jusqu'au mouvement de janvier dernier, les organisations syndicales préservaient systématiquement les stagiaires" lors des mouvements sociaux, estime l'administration, pour qui les syndicats ont "levé un tabou".

"C'est la première fois qu'on tape sur les jeunes", juge de son côté une source syndicale, qui parle d'une mesure "inadmissible" et dénonce la "mesquinerie" de la direction. Lucas* fait partie des 91 stagiaires qui se sont vu notifier une demande de report de titularisation. Lui et ses camarades concernés sont "écœurés", dit-il. "C'était vraiment délicat. D'un côté on avait les menaces de sanctions, de l'autre la pression des collègues titulaires", explique-t-il, rappelant les "sifflets" pour ceux qui prenaient le service.

Accusés d'avoir enfreint le code de déontologie

Solidaire au mouvement, il dit avoir pourtant travaillé la très grande majorité de sa durée, dans des conditions encore plus difficiles que d'ordinaire : les heures supplémentaires le matin à cause des blocages, les effectifs réduits pour gérer des détenus "à cran" souvent privés de promenades, activités et parloirs. "Vers la fin, on ne sentait vraiment pas en sécurité", raconte celui qui reconnaît s'être senti "soulagé" lors de l'arrêt du mouvement.

Si l'administration considère que les stagiaires n'ont pas pris leur postes "sous la pression de leurs pairs", elle estime cependant que ceux concernés par la demande de report ont "directement enfreint" le code de déontologie qui s'applique à leur métier. Les sanctions, qui "ne seront pas uniformes", seront discutées lors d'une commission fin mars.

* Le prénom a été changé.