Poitiers. Quatre militants d'extrême droite en garde à vue après l'occupation de la mosquée

Le PS et le PCF a demandé la dissolution du groupe "Génération identitaire", à l'origine de l'occupation d'une mosquée samedi matin.

Depuis 6 heures samedi 20 octobre 2012, des militants d\'extrême droite occupent le toît de la mosquée de Poitiers
Depuis 6 heures samedi 20 octobre 2012, des militants d'extrême droite occupent le toît de la mosquée de Poitiers (CLEMENT MASSE / FRANCE 3 POITOU-CHARENTES)

POLITIQUE - "Poitiers est sous le choc". Après l'occupation dans la matinée samedi 20 octobre du chantier de la mosquée de la ville par des militants d'extrême droite se revendiquant du groupe Génération identitaire, le maire de la ville, Alain Claeys, s'étonne : "jamais nous n'avons eu la moindre difficulté à Poitiers", visant la communauté musulmane.

Venus de toute la France, les 73 militants ont déployé une banderole sur le lieu de culte et scandé des slogans identitaires jusqu'à leur evacuation à la mi-journée. A l'issue de celle-ci, quatre organisateurs ont été placés en garde à vue, a rapporté France 3 Poitou-Charentes. FTVi revient sur cette manifestation et ses conséquences.

La revendication : repousser "l'invasion musulmane"

Le choix de la mosquée de Poitiers ne relevait pas du hasard :  "il y a bientôt 1 300 ans, Charles Martel arrêtait les Arabes à Poitiers à l’issue d’une bataille héroïque qui sauva notre pays de l’invasion musulmane", écrit le groupe sur son site internet. "C’était le 25 octobre 732. Aujourd’hui, nous sommes en 2012 et le choix est toujours le même : vivre libre ou mourir", justifie-t-il."

France 3

Après avoir négocié avec le sous-préfet de Montmorillon (Vienne) Rachid Kaci, les quelques 73 militants se sont dirigés "tranquillement vers la sortie", a indiqué à l'AFP l'un des membres de l'organisation, Damien Rieu. "On avait l'intention de rester plus longtemps mais comme on n'a pas du tout l'intention de s'affronter physiquement, nous repartons avec la police, dans la bonne humeur", a déclaré le militant contacté avant l' évacuation.

La réaction religieuse : le recteur "abasoudi"

Boubaker El Hadj Amor est "abasourdi". Le recteur de la mosquée de Poitiers a déclaré que les fidèles étaient "blessés profondément" par cette intrusion. L'imam s'est par ailleurs félicité que la communauté musulmane de l'agglomération, qui compte quelque 7 à 8 000 personnes, ait fait preuve d'"un esprit de calme et de responsabilité exemplaires""Ces extrémistes cherchaient la provocation, ils ne l'ont pas trouvée."

France 3 Poitou-Charentes

"Cette occupation grave, sauvage et illégale, accompagnée de slogans hostiles à l'islam et aux musulmans, est sans précédent dans l'histoire de notre pays", a renchéri le Conseil français du culte musulman (CFCM), dans un communiqué.

Egalement sur les lieux, "des représentants du diocèse de Poitiers [étaient] venus dès le début de matinée sur place pour apporter leur soutien à la communauté musulmane", ont précisé par ailleurs nos confrères de France 3 sur place.

La réaction politique : indignation à gauche et au centre 

Le PS, par la voix de son nouveau premier secrétaire Harlem Désir, et le PCF, ont demandé samedi "la dissolution" du groupe Génération identitaire, "ce groupuscule fanatique dont les agissements violents sont une menace pour l'ordre public, la sécurité des personnes et pour la cohésion républicaine", a écrit dans un communiqué Harlem Désir, ancien président de SOS Racisme. Pour lui, ces militants d'extrême droite "agressent non seulement les musulmans de France mais aussi la République qui garantit la liberté de culte et le principe de laïcité".

Le président du Parti radical Jean-Louis Borloo, et le secrétaire général Laurent Hénart, ont également condamné l'occupation du chantier de la mosquée, s'élevant contre "des attaques ignobles contre la République". 

 "Ce groupuscule doit être dissous et ses responsables poursuivis pour provocation à la haine raciale", a renchéri le Parti communiste français dans un autre communiqué. Plus tôt dans la journée, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls avait par ailleurs garanti "que l'Etat fera preuve de la plus grande fermeté face aux manifestations d'intolérance qui déchirent le pacte social".

La réaction judiciaire : une enquête ouverte 

Quatre des personnes se présentant comme des organisateurs ont été placées en garde à vue, a indiqué le procureur de la République de PoitiersNicolas Jacquet. Le parquet de Poitiers a ouvert une enquête pénale, pour "manifestation non autorisée, provocation à la haine raciale, participation à un groupement en vue de la préparation de dégradation de biens en réunion". La qualification de "vol et dégradation en réunion" est également retenue notamment concernant une dizaine de tapis de prière déplacés de la mosquée sur le toit, endommagés par la pluie. 

Lors d'une conférence de presse dans l'après-midi, le préfet de la Vienne Yves Dassonville a souligné que les 73 militants, "des personnes, semble-t-il, de bonne famille qui viennent de toute la France (...) étaient très organisés". Il a par ailleurs souligné qu'il fallait répondre fermement : "c'est une affaire qui n'est pas à prendre à la légère", a souligné le représentant de l'Etat. 

Il a souligné que ce coup d'éclat avait fait connaître le mouvement, un avis partagé par la préfecture, évoquant une "opération de communication".