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Manif pour tous : au tribunal, Nicolas Buss peaufine sa posture de rebelle

Le jeune militant de la Manif pour tous comparaissait en appel à Paris après sa condamnation à deux mois de prison ferme. Sa peine a été allégée. 

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France Télévisions
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De jeunes opposantes au mariage homosexuel dénoncent l'incarcération de l'un d'entre eux, Nicolas Buss, le 21 juin 2013 à Paris.  (PIERRE ANDRIEU / AFP)

Tantôt désinvolte, tantôt révolté contre sa propre situation, jamais déstabilisé. Condamné à deux mois de prison ferme en première instance le 19 juin, Nicolas Buss est devenu depuis un martyr pour une partie des opposants au mariage des homosexuels, qui dénoncent un "emprisonnement politique". Mardi 9 juillet, le jeune homme de 23 ans faisait face à la cour d'appel, et à tout le gratin de la presse parisienne. La justice a finalement réduit sa peine à 3 000 euros d'amende, dont 1 500 avec sursis, au terme de trois heures d’audience. Incarcéré depuis 21 jours, il est ressorti libre. 

Un accusé prolixe, qui nie en bloc

Les mains jointes sur le torse, bien droit dans sa chemise blanche impeccable, Nicolas Buss s'appuie contre la vitre du box, et décline sa version des faits. Très éloignée de celle des procès-verbaux, qu'il a systématiquement refusé de signer. Condamné une première fois le 28 mai pour "non dispersion d'un rassemblement non autorisé", "entrave à la circulation" et "fourniture d'identité imaginaire" après une manifestation non autorisée sur les Champs-Elysées, il avait de nouveau été condamné le 19 juin pour "rébellion", "fourniture d'identité imaginaire" encore, et "refus de se soumettre au prélèvement d’empreintes" après avoir été interpellé en marge d'une mobilisation contre le mariage pour tous. Mais le jeune homme réfute ce qui lui est reproché.

L'entrave à la circulation ? "La voiture était garée dans le sens de la marche et pas en travers, il n’y avait pas entrave", rétorque-t-il, en appuyant les dernières syllabes. Il nie avoir donné une identité fantaisiste et part dans une interminable digression sur sa demande administrative d'adjoindre le nom de sa mère, Bernard, à celui de Buss. Quitte à perdre l'auditoire quand il explique avoir été contraint, en 2010, "de partir au Canada avec son seul passeport polonais".

Le jeune homme, aux yeux bleus irrités et cernés après 21 jours à l’isolement à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne), conteste également la rébellion. Et finit par qualifier les procès-verbaux de "ramassis d’inexactitudes et d’approximations" sur lesquels "il n’est pas nécessaire de revenir".

"Une masse noire, silencieuse, à la mine patibulaire" 

La cour ironise sur ses propos et souligne ses contradictions. Il ne se démonte pas. Et frise régulièrement l’insolence. A la procureure qui s’agace et lui demande de "ne pas essayer de faire du droit" : "Si vous voulez me donner des leçons juridiques, je suis ravi de les recevoir." La moiteur de la salle d'audience bondée n'émousse pas le militant, qui enchaîne les remarques ironiques : "les choses ne sont pas si simples" ; "je voudrais, si vous me le permettez, rajouter un point de détail non négligeable"... Le 27 mai, dans la camionnette dont ses copains de la Manif pour tous sortaient des barrières ? Il n’y avait, à sa connaissance, "que des effets pour un apéro festif, boissons et gâteaux secs"

Le premier assesseur finit par lui demander de "faire court". Car Nicolas Buss est aussi prolixe pour dénoncer les conditions "abominables", "épouvantables" de ses interpellations et garde à vue. Le 18 juin, il a été "capturé, attaché, ceinturé, porté, jeté comme un animal", après avoir été poursuivi par "une masse noire, silencieuse, qui semblait avancer sur la pointe des pieds, et à la mine patibulaire".

Ce soir-là justement, Nicolas Buss est interpellé par trois policiers à l’étage d’un restaurant parisien, où il a pénétré après avoir fui les forces de l'ordre à la fin d'un rassemblement débuté à Neuilly-sur-Seine. Deux des agents sont absents lors de l'audience, dont un en congés. Brèche dans laquelle les trois avocats de l’étudiant s’engouffrent. "Il est en vacances quand Nicolas Buss est à Fleury-Mérogis", tonne Me Gruau, qui regrette que le seul agent présent à l’étage du restaurant dès le début des faits ne soit pas là pour témoigner. Et d’ajouter qu’aucun témoin de la scène n’a d’ailleurs été interrogé.

"Restaurez la confiance du contribuable en la justice"

Personne pour raconter exactement l'interpellation du militant entré dans le restaurant en hurlant "Hollande c’est de la merde ! Démission!" "Pas vraiment un appel à l’aide de quelqu’un poursuivi par des gens qui lui font peur", tacle la procureure, pour qui toutes les infractions sont caractérisées. "C’est un dossier monté de toutes pièces", rétorquent les avocats qui, tour à tour, plaident la relaxe. "Il est traqué, suivi, on cherche à le pousser à l'infraction", assène l'un d'eux, qui dénonce "un acharnement à faire enfermer une personnalité qui dérange". 

Juste avant le délibéré, Nicolas Buss a une dernière fois pris la parole : "Mesdames, messieurs, vous avez l'opportunité de restaurer la confiance des citoyens européens (...) et des contribuables dans la justice." Et de rappeler à la cour "les 19,5% de [sa] consommation [la TVA] qui [lui] sont prélevés pour [la] rémunérer." Il est reconnu coupable d'attroupement et de tous les autres chefs d'accusation, mais sa peine est allégée à 3 000 euros d’amende, dont 1 500 avec sursis. "C’est énormissime", soufflent, soulagés, la poignée d’amis venus le soutenir. 

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