La Manif pour tous, une menace pour l'UMP ?

Au moins 100 000 personnes ont défilé à Paris et Lyon pour défendre leurs valeurs familiales, dimanche, après leur mobilisation contre le mariage pour tous. Certains députés UMP étaient présents. Reste que le parti d'opposition a du mal à se positionner.

Le cortège de la Manif pour tous à Paris, le 2 février 2014.
Le cortège de la Manif pour tous à Paris, le 2 février 2014. ( MAXPPP)

Ils avaient promis de "ne rien lâcher", ils tiennent parole. Dimanche 2 février, des dizaines de milliers de manifestants ont à nouveau défilé, un an après le vote de la loi Taubira ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels qui les avaient réunis au départ. Cette fois, le motif de rassemblement était plus large : défendre les valeurs familiales, contre la Programmation médicalement assistée (PMA), la Gestation pour autrui (GPA) et l'enseignement de la "théorie du genre" à l'école

Sans étiquette politique, ce rassemblement – en grande majorité des sympathisants de droite – suscite l'embarras à l'UMP. Faut-il afficher son soutien à la Manif pour tous, comme l'ont fait les députés Henri Guaino, Hervé Mariton et Philippe Gosselin ? Prendre ses distances ? Ou rompre radicalement avec cette frange conservatrice de l'électorat ? Eléments de réponse.

Embarras à la tête du parti

L'an dernier, l'UMP a combattu le texte sur le "mariage pour tous" dans l'hémicycle et dans la rue. Mais depuis l'adoption de la loi Taubira, la direction du parti s'est faite plus discrète. "Manifester contre le mariage pour tous était légitime lorsque le texte était au Parlement. Ce n'est plus le cas aujourd'hui", explique un proche de Jean-François Copé au Monde (article payant). L'UMP tient en effet à s'éloigner de cortèges où se mêlent, en plus de simples opposants, des intégristes catholiques de Civitas ainsi que certains groupuscules violents d'extrême droite, et où des propos racistes sont tenus publiquement.

Pour autant, le parti d'opposition cherche à garder dans son giron une partie de l'électorat de droite défendant des valeurs conservatrices. Réagissant à la polémique, lancée par l'extrême droite, sur l'enseignement de la "théorie du genre" à l'école, Jean-François Copé s'est montré pour le moins ambigu. Il a dit, dans Le Parisien, être "choqué par la théorie du genre" [concept qui ne renvoie pourtant à rien de précis] et a assuré "comprendre l'inquiétude des familles". Des propos condamnés dans la foulée par la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem. "En disant cela, monsieur Copé se range du côté des extrémismes contre la République et ses valeurs", juge-t-elle. 

Un "Grenelle sur la famille" de La Manif pour tous

La tâche de Jean-François Copé pourrait se compliquer dans les prochains mois. Forte d'une mobilisation d'au moins 100 000 personnes, dimanche, à Paris et Lyon, la Manif pour tous a donné rendez-vous à ses soutiens le 8 mars, pour un meeting très politique. A la Mutualité de Paris, la Manif pour tous conclura son "grenelle de la famille" en rendant publique ses propositions. Une "loi-cadre", "avec des grands principes et des propositions concrètes", dit Ludovine de la Rochère, présidente du collectif. Ce texte se veut une alternative au projet de loi que devait présenter en avril la ministre déléguée en charge de la Famille, Dominique Bertinotti, avant que l'exécutif n'annonce le report sine die de ce projet. Cette démarche comptait faire de la Manif pour tous le locuteur numéro 1 face au gouvernement dans ce débat, devant l'UMP. 

Le parti de Jean-François Copé n'a, pour l'instant, pas de souci à se faire dans les urnes. Ludovine de la Rochère veut avant tout que son mouvement fasse un "travail de think tank en devenant une force de propositions", sans pour autant mettre de côté sa capacité à mobiliser dans la rue "si le gouvernement ne nous entend pas". Elle assure qu'il n'y aura pas de listes estampillées la Manif pour tous aux municipales de mars... Mais n'a pas encore tranché concernant les élections européennes. La réponse sera connue fin février.

"Ce qui est sûr, c'est que nous ne soutiendrons aucun parti. Éventuellement nous présenterons des listes si les partis qui se présentent ne prennent pas assez en compte nos préoccupations sur la famille", menace Ludovine de la Rochère. A la Manif pour tous, certains souhaitent capitaliser sur la mobilisation dans la rue pour envoyer des députés à Strasbourg. D'autres, comme Ludovine de la Rochère, ne cachent pas leur réticence face au risque d'être perçu comme un mouvement politique. L'exemple de Frigide Barjot, ancienne porte-parole de la Manif pour tous difficilement reconvertie en politique avec l'Avenir pour tous, a également de quoi démotiver.

Un Tea Party à la française ?

Dimanche soir, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a comparé la mobilisation anti-mariage pour tous au "Tea Party" américain, mouvement ultraconservateur antifédéraliste qui s'est fait connaître à la fin des années 2000. Est-ce faire trop d'honneur à la Manif pour tous ? "Les deux mouvements sont effectivement apparus dans un premier temps en dehors des formations politiques traditionnelles", admet Yves-Marie Cann, directeur en charge de l'opinion à l'institut CSA, contacté par francetv info. "Mais les sujets au cœur de leurs préoccupations ne sont pas les mêmes. Bien qu'ayant aussi une tendance identitaire, le Tea Party américain avait axé sa contestation sur le débat budgétaire. La Manif pour tous s'inscrit dans un débat sociétal. Or, on ne crée pas un programme politique sur de simples questions de société."

Si le combat des anti-mariage pour tous semble, pour l'instant, se limiter à la rue et aux réseaux sociaux, il amènera néanmoins l'UMP à clarifier les choses. Sans pour autant l'absorber dans ses rangs. "Il est clair que ce type de démonstration de force peut amener l'UMP à questionner son positionnement actuel", confirme Yves-Marie Cann. "L'enjeu est de taille : le parti devra réussir à faire la synthèse entre les attentes des participants à la Manif pour tous et celles des électeurs de droite plus ouverts, plus modérés." Les discussions qui auront lieu au Parlement (à une date encore non précisée) sur la Procréation médicalement assistée (PMA) ou la fin de vie, permettront de voir si la pression exercée par la Manif pour tous "constitue un aiguillon pour l'UMP" ou si le collectif ne prêche que pour sa propre chapelle.